Le 1er mars 2026, huit ex-responsables de l’énergie au Royaume-Uni ont rendu publique une initiative rare par son caractère transpartisan. Dans un courrier adressé au Premier ministre Keir Starmer, ils demandent un virage sur le pétrole et le gaz, estimant que la trajectoire actuelle accélère le déclin de la production nationale. Au cœur de leur critique : la taxe exceptionnelle sur les profits du secteur et l’interdiction de nouvelles licences d’exploration en mer du Nord.
L’appel intervient dans un contexte de tension persistante sur les marchés énergétiques internationaux et alors que le Royaume-Uni utilise encore environ 75 % d’énergies fossiles dans son mix énergétique.
Sécurité énergétique et production nationale : un signal d’alarme
Les signataires, issus aussi bien du Parti conservateur que du Parti travailliste, affirment dans leur lettre leur « profonde inquiétude » face au recul de la production britannique d’hydrocarbures. Selon eux, « l’arrêt prématuré de la production domestique n’est pas d’abord le résultat de la géologie, mais de décisions politiques prises par des gouvernements travaillistes et conservateurs », écrivent-ils dans ce courrier cité par le Financial Times le 1er mars 2026.
Ils insistent sur une formule forte : « La sécurité énergétique est une question de sécurité nationale », toujours selon le Financial Times. En d’autres termes, réduire trop rapidement l’exploitation des ressources locales exposerait le pays à une dépendance accrue aux importations, notamment de gaz naturel liquéfié.
Cette inquiétude se concentre sur la mer du Nord, bassin historique de la production britannique. Certes, celui-ci est en déclin naturel après plusieurs décennies d’exploitation. Toutefois, les anciens ministres estiment que la baisse s’est trouvée accélérée par les choix réglementaires récents. Ils pointent en particulier la suspension de l’octroi de nouvelles licences d’exploration décidée par le gouvernement actuel dans le cadre de sa stratégie climatique.
Pour les signataires, le paradoxe est manifeste : alors que la demande nationale reste élevée, réduire l’offre locale ne ferait que transférer la dépendance vers des fournisseurs étrangers, sans réduire la consommation globale d’hydrocarbures.
Taxe exceptionnelle et interdiction des licences : les critiques sur la fiscalité et l’emploi
Au centre de leur plaidoyer figure l’Energy Profits Levy, la taxe exceptionnelle introduite en 2022 à la suite de l’envolée des prix de l’énergie. Cette « windfall tax » a été prolongée par le gouvernement et doit désormais s’appliquer jusqu’en 2030, sauf si les prix de l’énergie retombent sous un certain seuil, explique le Financial Times.
Les anciens ministres demandent explicitement d’y mettre fin plus tôt. À leurs yeux, la pression fiscale décourage l’investissement dans un secteur déjà confronté à la maturité de ses gisements. Charles Hendry, ancien ministre conservateur de l’Énergie, explique ainsi qu’« avec des ressources encore substantielles disponibles au Royaume-Uni, il n’a aucun sens de poursuivre des politiques qui ne feront qu’augmenter nos importations d’énergie », déclare-t-il au Financial Times.
Il ajoute, toujours dans les colonnes du quotidien économique, que le gouvernement devrait autoriser de nouvelles licences de forage afin de « maintenir la sécurité énergétique du Royaume-Uni, protéger les emplois, générer des recettes et attirer de nouveau les investisseurs en mer du Nord ». La question de l’emploi est ici centrale : le secteur pétrolier et gazier représente encore des milliers de postes directs et indirects, notamment en Écosse et dans le nord-est de l’Angleterre.
Les signataires considèrent que l’enjeu ne se limite pas à la production brute d’hydrocarbures. Il s’agit aussi de préserver un écosystème industriel, des compétences techniques et une base fiscale stratégique, dans un contexte où la transition énergétique suppose des investissements massifs.





