Récemment, on a mis au jour une situation préoccupante au large des côtes californiennes, entre Los Angeles et l’île Santa Catalina. Au fond du bassin de San Pedro, sur une étendue de 145 km², se trouve une décharge sous-marine qui pourrait bien avoir des répercussions sur l’environnement. Cette trouvaille relance de sérieuses interrogations sur les effets à long terme des déchets polluants enfouis sur nos océans.
Un examen de terrain et ses trouvailles
C’est en 2011 qu’on a d’abord remarqué ce coin grâce aux photos prises par un drone sous-marin, qui montraient des barils industriels au fond de l’océan. Du 10 au 24 mars, l’équipe de la Scripps Institution of Oceanography a mené une nouvelle exploration en cartographiant les fonds marins avec deux véhicules sous-marins ultra performants. Des algorithmes spécialement conçus ont permis de repérer facilement les déchets présents.
Les résultats sont préoccupants : plus de 27 000 formes suspectes ont été repérées, qui pourraient contenir des substances toxiques comme le DDT, similaires aux fûts de déchets nucléaires découverts dans l’Atlantique. Eric Terrill, directeur du Marine Physical Laboratory de Scripps, explique : « Nous avons identifié plusieurs schémas distincts dans la zone, ce qui laisse penser que le largage a été effectué à plusieurs reprises depuis une plateforme en mouvement, comme un bateau ou une barge. »
D’où vient tout ça et pourquoi c’est problématique
La principale responsable semble être la Montrose Chemical Corporation of California, autrefois la plus grande productrice de DDT aux États-Unis. Installée près de Los Angeles depuis 1947, cette entreprise aurait immergé environ 2 000 barils par mois entre 1947 et 1961. Le rejet massif de DDT dans le réseau d’égouts du comté, jusqu’au début des années 1970, a également contribué à cette pollution.
Le DDT, interdit depuis les années 1970 en raison de ses dangers pour l’environnement et la santé humaine, continue de perturber les écosystèmes marins, tout comme la pollution chimique associée aux parcs éoliens offshore. Des taux élevés ont été retrouvés dans les sédiments ainsi que chez certains mammifères marins, comme les lions de mer. Les zones alentour sont devenues presque stériles, avec une diversité microbienne et animale fortement réduite.
Des effets inquiétants sur la vie marine
Cette découverte montre une nette diminution de l’ADN microbien autour des barils, signe d’un impact environnemental sévère. Les métaux toxiques qui s’en échappent entravent la capacité des organismes marins à se régénérer. Le Dr David Valentine, professeur à l’Université de Californie, souligne : « Alors que ces barils commencent à perdre leur intégrité, les substances qu’ils contiennent finissent par se propager dans l’environnement et dans la chaîne alimentaire. »
Réactions politiques et recherches à venir
Les résultats ont été présentés à une délégation du Congrès californien le 26 avril dernier. La sénatrice Dianne Feinstein a qualifié cette découverte d’une « des plus grandes menaces environnementales » pour la côte ouest des États-Unis. Elle envisage de faire appel au département de la Justice afin d’identifier les entreprises responsables.
L’équipe dirigée par Johanna Gutleben poursuit ses investigations sur les substances alcalines présentes dans ces zones polluées, tandis qu’une étude parue dans PNAS Nexus se penche sur les répercussions sur la biodiversité marine.






