Le mois de mai 2025 s’achevait dans une relative indifférence des marchés. Pourtant, en l’espace de trois semaines, les tensions régionales au Moyen-Orient ont balayé les certitudes du secteur énergétique mondial. À mesure que le pétrole reprenait de la hauteur, c’est l’équilibre énergétique planétaire qui semblait vaciller.
Repli en mai 2025 : un marché détendu face à une offre abondante
En mai 2025, le pétrole donnait des signes d’apaisement. Selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), le prix du Brent exprimé en euros s’est contracté de 5,6 %, après avoir déjà chuté de 10,0 % au mois d’avril. Converti en dollars, le baril se négociait en moyenne à 64,4 dollars, soit une baisse mensuelle de 5,1 %.
Plusieurs éléments concouraient à cette détente : une demande chinoise moins dynamique qu’anticipé, le retour progressif du pétrole vénézuélien sur les marchés internationaux et le maintien inattendu des niveaux de production des pays de l’OPEP+. L’ensemble dessinait un environnement excédentaire où la prudence dominait.
Tensions de juin 2025 : les frappes israéliennes et américaines ravivent la nervosité des marchés
La situation a basculé à compter de la première semaine de juin. Le 6 juin, les premières manœuvres militaires iraniennes dans le détroit d’Hormuz ont modifié la perception du risque. Le marché pétrolier, particulièrement sensible à cette région clé, a immédiatement réagi. Le baril de Brent, qui stagnait auparavant autour de 74 dollars, a terminé la journée du 6 juin à 74,90 dollars selon les données d’Investing.com.
Une semaine plus tard, le 13 juin 2025, les frappes aériennes israéliennes contre des infrastructures iraniennes marquent un tournant décisif. Malgré une réaction initialement mesurée – le baril reculant légèrement à 74,23 dollars –, la nervosité des investisseurs s’est installée de manière durable. Le 20 juin 2025, alors que les États-Unis officialisent leur participation militaire et bombardent les infrastructures nucléaires iraniennes, le Brent rebondit pour atteindre 75,48 dollars. Cette séquence marque la fin d’une accalmie et le retour d’un pétrole géopolitisé.
Pourquoi le pétrole a rompu avec sa logique de marché ?
Pour l’Agence internationale de l’énergie (AIE), cette remontée de plus de 5 dollars en une semaine ne résulte pas d’un choc d’offre immédiat mais d’une perception aggravée des risques logistiques.
Dans son rapport mensuel de juin 2025, l’agence estime que « les tensions persistantes dans la région ont déclenché un renchérissement du prix du Brent d’environ 5 dollars, en anticipation d’éventuelles perturbations du transit maritime ». De son côté, la banque Goldman Sachs a diffusé une note interne reprise par Reuters, dans laquelle elle avertit que « si le détroit d’Hormuz devait fermer ne serait-ce qu’un mois, le Brent pourrait franchir le seuil des 110 dollars, avant de se stabiliser autour de 95 dollars d’ici la fin de l’année ».
Pétrole : Une instabilité durable aux répercussions systémiques
Du reflux de mai à la tension croissante de juin, le pétrole a renoué avec sa nature la plus politique. La séquence actuelle montre que la logique économique peut rapidement être supplantée par la logique stratégique. Chaque missile tiré dans la région du Golfe, chaque discours menaçant d’un chef d’État ou d’un général peut désormais provoquer des milliards d’euros de variation sur les marchés. Pour les acteurs de l’énergie, cette volatilité constitue désormais un facteur structurel, à intégrer dans les anticipations comme dans les modèles d’investissement. L’ère du pétrole prévisible semble révolue.





