Une canette en aluminium rongée par la rouille, presque invisible, coincée entre deux pierres d’un vieux mur en sous-bois : voilà ce que deux randonneurs ont repéré dans les montagnes des Krkonoše, en République tchèque. À l’intérieur, 598 pièces d’or empilées en 11 colonnes serrées, chaque paquet enveloppé dans un tissu noir.
À environ un mètre de là, une seconde trouvaille les attendait : une boîte en fer renfermant 16 étuis à cigarettes en or (deux d’entre eux toujours scellés), 10 bracelets, un peigne, une chaîne munie d’une clé, un poudrier et un petit sac à main en maille d’argent.
L’ensemble pèse environ 6,8 kilogrammes, dont 3,7 kilogrammes rien que pour les pièces, et sa valeur est estimée à plus de 330 000 $.
Les deux inventeurs, restés anonymes, se sont présentés sans rendez-vous début février 2025 au numismate du Musée de Hradec Králové. Miroslav Novak, chef du département d’archéologie du musée, a expliqué dans un entretien par courrier électronique à CNN que les inventeurs s’étaient présentés au numismate du musée sans rendez-vous préalable, et que ce n’est qu’après cela que les archéologues avaient commencé à s’occuper de la découverte. L’établissement a gardé le silence plusieurs mois avant d’annoncer publiquement la trouvaille fin avril 2025.
Des pièces venues des Balkans, enterrées bien après leur frappe
Les pièces sont datées entre 1808 et 1915. Selon Novak, la moitié est d’origine balkanique et l’autre moitié française, avec également des exemplaires venus d’Autriche-Hongrie, de Russie, d’Italie, de Roumanie, de Belgique et de l’Empire ottoman. Les pièces d’Europe centrale, comme les allemandes, sont totalement absentes, alors même que la découverte se situe sur l’ancienne frontière ethnique entre populations tchèque et allemande.
Un détail a particulièrement intrigué le numismate Vojtěch Brádle, cité par Arkeonews : plusieurs pièces austro-hongroises portent de petits contre-poinçons apposés en Serbie ou en Bosnie, dans les années 1920 et 1930. Le trésor n’a donc pu être enterré que bien après la frappe de sa pièce la plus récente, en 1915.
« Ma mâchoire est tombée », a-t-il raconté, avant d’ajouter que le dépôt avait été délibérément caché parce que c’était du métal précieux et que cela n’était pas à propos de ce que les pièces pouvaient acheter. Il assure n’avoir connaissance, pour l’instant, d’aucune autre découverte tchèque avec ce type de contremarques.
Trois pistes pour expliquer la cachette
Miroslav Novak avance trois hypothèses pour expliquer cet enfouissement :
- la déportation des populations tchèque et juive,
- la déportation des Allemands après la guerre,
- ou une réforme monétaire.
« La liste des raisons potentielles est assez claire. La déportation des populations tchèques et juives, puis la déportation des Allemands après la guerre. Il y a eu aussi une réforme monétaire », a-t-il détaillé.
Le directeur du musée, Petr Grulich, se garde pourtant de toute conclusion hâtive : « Il est difficile de dire s’il s’agissait d’or tchèque, allemand ou juif. »
À environ neuf kilomètres de là, un trésor de 2 700 deniers d’argent du XIIe siècle avait déjà été mis au jour il y a une dizaine d’années.
Le Czech Assay Office, le bureau tchèque des essais, analyse actuellement les objets non monétaires pour déterminer leur composition métallique. Cette expertise conditionnera l’approche de conservation, l’évaluation finale du trésor et la récompense due aux deux randonneurs. La loi tchèque leur accorde en effet jusqu’à 10 % de la valeur estimée, soit 330 000 $.
Sur Facebook, certains commentateurs estiment au contraire que les objets devraient leur revenir directement, jugeant que le dépôt ne correspond pas à la définition légale d’une découverte archéologique.
De nombreux habitants ont quitté cette région boisée au XXe siècle, laissant derrière eux plusieurs fermes tombées à l’abandon.






