Six mille bouteilles de lait usagées ont servi en 2021 à construire une route à Shanghai. Le résultat s’appelle la Milk Bottle Road, inaugurée sur le campus Xuhui de l’East China University of Science and Technology (ECUST), le jour de la Terre, rapporte le Times of India. Une première en Chine : jamais un tronçon routier n’avait été bâti à partir de plastique recyclé de cette façon dans le pays.
Le projet est né d’un partenariat entre Dow, entreprise de sciences des matériaux, et Shiny Meadow, marque laitière chinoise. Les bouteilles, ainsi que d’autres déchets plastiques, ont été transformées en plastique recyclé post-consommation puis intégrées à un asphalte modifié par polymère, grâce à la technologie Elvaloy RET développée par Dow.
Des bouteilles recyclables mais jamais recyclées
Le paradoxe est là depuis longtemps : ces bouteilles de lait étaient techniquement recyclables. Mais les recycleurs les refusaient le plus souvent, à cause des résidus de lait qui restaient à l’intérieur et faisaient grimper le taux de contamination. Résultat, un matériau qui aurait pu être réutilisé finissait traité comme un simple déchet.
C’est précisément ce vide que Dow dit avoir voulu combler. L’entreprise a mis au point un procédé pour collecter ce plastique jugé trop compliqué à recycler et le réintégrer dans le processus de pavage routier. Bambang Candra, vice-président commercial de Dow pour l’Asie-Pacifique au sein de la division Packaging & Speciality Plastics, a résumé la démarche : « Grâce à notre expertise en science des matériaux, nous contribuons à donner une nouvelle vocation aux bouteilles usagées. ».
Pour Shiny Meadow, qui utilisait déjà des emballages recyclables mais butait sur cette question de fin de vie des bouteilles, le projet répond à une logique de circularité. Sa directrice de marque, Lin Rong, a expliqué vouloir « veiller à ce que les produits en plastique que nous utilisons s’inscrivent dans une démarche circulaire, plutôt que de suivre le modèle traditionnel « extraire-fabriquer-utiliser »».
Du côté de l’université, on présente la route comme une démonstration concrète. Le professeur Li Tao, vice-président de l’ECUST, a salué l’aboutissement du projet et son intérêt pour l’enseignement supérieur, qu’il juge parlant sur la façon de « lutter contre les déchets plastiques de façons singulières ». L’établissement espère que cette collaboration donnera envie à ses étudiants d’explorer des solutions de durabilité inhabituelles.
Ce chantier de pavage à Shanghai n’est pas isolé. Dow avait déjà mené des expériences comparables en Asie, à Depok City, en Indonésie, dès 2017, puis avec des partenaires en Inde, à Pune et à Bangalore. L’entreprise a aussi entamé une collaboration en Thaïlande avec Siam Cement Group. Autant de tentatives de transformer un problème de déchets en ressource pour l’infrastructure routière, plutôt que de le laisser s’accumuler sans débouché.






