Après deux décennies de certificats d’économies d’énergie et un marché hexagonal devenu ultra-concurrentiel, les professionnels français de la rénovation énergétique regardent de plus en plus vers le sud. Depuis 2023, l’Espagne dispose de son propre dispositif de certificats blancs, les CAE (Certificados de Ahorro Energético), institués par le Real Decreto 36/2023. Et le marché décolle.
Un remake du scénario français
Le principe des CAE est familier : chaque kilowattheure économisé grâce à des travaux d’efficacité énergétique génère un certificat, que les fournisseurs d’énergie soumis à obligation rachètent sur un marché libre. Le ministère espagnol de la Transition écologique (MITECO) a publié un catalogue de fiches standardisées qui rappelle trait pour trait les fiches CEE françaises : isolation des façades (RES010), des toitures et combles (RES020), remplacement des chaudières gaz ou fioul par l’aérothermie (RES060) ou encore fenêtres (RES070). Résultat : les offres d’« aislamiento por 1 € » se multiplient dans la péninsule, dix-huit mois à peine après le lancement du dispositif — un scénario que la France a connu entre 2019 et 2021 avec l’isolation à 1 euro.
Le solaire dopé par la fiscalité
Le photovoltaïque résidentiel suit une trajectoire parallèle, porté non pas par les CAE mais par un cadre fiscal parmi les plus incitatifs d’Europe : déduction d’impôt sur le revenu (IRPF) de 20 à 60 % prolongée jusqu’au 31 décembre 2026, bonification de la taxe foncière dans deux tiers des communes espagnoles et cumul possible avec les fonds européens Next Generation. De quoi rendre l’argument commercial limpide pour les installateurs.
L’acquisition client, nerf de la guerre
Plusieurs délégataires et installateurs français ont déjà franchi les Pyrénées pour transposer un savoir-faire acquis sur les CEE et MaPrimeRénov’. Mais un obstacle attend les nouveaux entrants : l’Espagne interdit depuis juin 2023 le démarchage téléphonique des particuliers sans consentement préalable. La prospection à froid y est donc illégale, et l’acquisition passe par des contacts entrants qualifiés. Des spécialistes français se positionnent déjà sur ce créneau, à l’image de l’agence ONE ONLINE qui fournit des leads isolation en Espagne exclusifs aux acteurs français en cours d’implantation, et publie un guide complet des CAE à destination des professionnels.
Une fenêtre d’opportunité, pas un eldorado éternel
L’association espagnole des installateurs d’isolation (AISLA) alerte déjà sur des offres trompeuses, et le précédent français rappelle que ces marchés créés par décret peuvent se refermer aussi vite qu’ils se sont ouverts. Les acteurs qui réussiront outre-Pyrénées seront ceux qui conjugueront vitesse d’exécution, conformité réglementaire et acquisition maîtrisée. La course est lancée.</p
L’aérothermie, prochain relais de croissance
Au-delà de l’isolation, les professionnels observent avec attention la ficha RES060, qui finance le remplacement des chaudières gaz et fioul par des systèmes d’aérothermie. Le parc immobilier espagnol reste massivement équipé de chaudières anciennes, et les certificats générés par chaque geste se cumulent sur un même chantier : une rénovation combinant isolation et pompe à chaleur produit ainsi deux gisements de CAE distincts. C’est exactement la trajectoire qu’a suivie le marché français de la PAC, avec dix ans d’avance. À noter pour les retardataires : les travaux réalisés depuis le 26 janvier 2023 restent éligibles, la demande de certificats pouvant être déposée jusqu’à trois ans après le chantier.






