La date a été actée noir sur blanc. La demande de modification de l’autorisation de création du réacteur de recherche Jules Horowitz, finalisée en 2025, fixe désormais la mise en service au plus tard au 14 octobre 2037, marges de sécurité comprises. Un projet de décret correspondant à cette nouvelle échéance a été transmis à l’exploitant fin 2025.
Le chantier, porté par le Commissariat à l’énergie atomique (CEA), a démarré en 2007 à Cadarache, dans les Bouches-du-Rhône, raconte Sciencepost. Le réacteur, enfoui à flanc de colline pour résister aux risques sismiques de la vallée, n’a encore jamais produit le moindre watt ni irradié le moindre échantillon.
Un calendrier qui recule depuis des années
La divergence, c’est-à-dire le démarrage du cœur nucléaire, était initialement attendue vers 2013 ou 2014 selon les sources internes du projet. Elle a été repoussée à fin 2016, puis à 2021, puis à 2025, ce dernier report coïncidant avec l’annonce de l’abandon du projet Astrid.
En juillet 2023, le Conseil de politique nucléaire de l’État évoquait une mise en service envisagée entre 2032 et 2034, soit au mieux dix-huit ans de retard sur le planning original. L’échéance de 2037 repousse encore le calendrier. Elle représente vingt-trois ans après la date initialement promise.
Le coût multiplié par quatre selon la Cour des comptes
Annoncé à 500 millions d’euros au lancement, le projet voyait son coût porté à 1,5 milliard d’euros dès 2015. La Cour des comptes chiffre les surcoûts à plus de 2 milliards d’euros, soit un coût initial multiplié par quatre. En juillet 2023, le Conseil de politique nucléaire de l’État a arrêté une nouvelle estimation à 1,7 milliard d’euros.
Un rapport de la Cour des comptes consacré au pilotage des grands projets du CEA retient un bilan de douze ans de retard et 2 milliards d’euros de surcoûts. Ce constat a conduit le CEA à repenser l’ensemble de son pilotage de projet, selon la même source.
À propos d’un autre chantier nucléaire français, l’EPR de Flamanville, la Cour des comptes pose la question suivante : à partir de quel niveau de dérapage un projet scientifique cesse-t-il d’être un investissement d’avenir pour devenir un puits sans fond budgétaire.
Sur le terrain, les activités de construction et de fabrication d’équipements se sont poursuivies en 2025, avec une hausse notable des activités sur le chantier. L’Autorité de sûreté nucléaire a mené quatre inspections dans l’année et note une organisation et un suivi sérieux du projet, permettant une instruction efficace du dossier de sûreté.
Le réacteur doit à terme remplacer Osiris, le pilier vieillissant de la recherche nucléaire française à Saclay, en testant le comportement des matériaux et des combustibles sous irradiation. Il doit aussi devenir une usine à radio-isotopes médicaux, avec l’engagement d’assurer entre 25 % et 50 % des besoins européens en molybdène-99, utilisé en imagerie médicale, un enjeu que le CEA présente comme relevant de la souveraineté sanitaire.
Osiris, qu’il était censé remplacer dès 2015, a justement été mis à l’arrêt définitif en 2015. Depuis, la France dépend en partie de réacteurs étrangers, parfois russes, pour poursuivre certaines recherches sur les combustibles nucléaires.



