Des hydrologues de l’Institut de géographie et de limnologie de Nankin ont publié, le 5 juin 2026, dans la revue Nature Sustainability, la première cartographie mondiale du comblement des retenues d’eau. Leur inventaire, baptisé GREI, recense plus de 550 000 retenues à travers la planète. Résultat : près d’un réservoir sur cinq figure déjà parmi les cas à risque élevé de remplissage par les sédiments.
Le problème touche des ouvrages conçus pour résister à la pression de l’eau, pas à celle du sable, du limon et des roches qui s’y accumulent au fil des décennies. Or ces matériaux exercent une force différente sur les structures, une contrainte que personne n’avait anticipée lors de leur construction.
Un cinquième des réservoirs déjà à risque élevé
L’inventaire GREI s’appuie sur un modèle d’apprentissage automatique calé sur 6 000 bassins suivis sur le terrain, un croisement de données qui permet d’estimer le comblement d’ouvrages que personne ne mesure directement. Sur les 550 000 retenues recensées, environ 95 % couvrent moins d’un kilomètre carré. Ce sont justement ces petits bassins, les plus nombreux, qui concentreraient l’essentiel du risque d’envasement.
À l’échelle mondiale, la sédimentation grignote la capacité de stockage des réservoirs à un rythme de 7,3 % par décennie, avec une marge d’incertitude de 2,8 points. Sans intervention, plus de la moitié des ouvrages pourraient devenir inutilisables d’ici 2060, une proportion qui grimperait à 58,6 % chez les petits réservoirs contre 38,1 % chez les grands, selon un seuil fixé à la moitié du volume initial comblé.
Les chercheurs identifient seize points chauds répartis en deux ceintures géographiques, l’une le long des Amériques occidentales, l’autre à travers l’Afrique et l’Eurasie. Ces zones fournissent l’eau à deux milliards d’habitants et arrosent environ un quart des terres irriguées de la planète. Le sud-ouest des États-Unis, le Moyen-Orient et l’ouest de l’Australie y cumulent sécheresse et forte dépendance aux petites retenues.
Aux États-Unis, l’Amérique du Nord affiche un taux de sédimentation de 7,8 %, supérieur à la moyenne mondiale. En Californie, plus de la moitié des petits réservoirs situés dans les zones de culture du maïs se remplissent à plus de 10 % par an, menaçant directement la production locale.
Le géomorphologue Matthias Kondolf, de l’université de Californie à Berkeley, non impliqué dans l’étude, pointe un déséquilibre dans l’attention accordée aux ouvrages : « L’attention se porte généralement sur les grands barrages, tandis que ces très nombreux petits barrages ont été négligés. », a-t-il expliqué dans un entretien à Live Science.
Beaucoup de ces petits barrages ont été construits entre les années 1940 et 1970 pour l’agriculture, sans qu’aucun dispositif ne soit prévu pour évaluer leur sécurité. Kondolf s’interroge sur l’avenir de ces installations vieillissantes.
La géologue Amy East, de l’US Geological Survey, situe le phénomène dans une dynamique plus large de construction de barrages. Dans un entretien à Live Science, elle a résumé le déséquilibre en expliquant que les réservoirs perdent de l’espace de stockage plus rapidement à cause de l’accumulation de sédiments qu’ils n’en gagnent grâce à la construction de nouveaux barrages.
Elle rappelle aussi que les activités agricoles ou forestières peuvent créer des zones productrices de sédiments à peu près n’importe où, et que le changement climatique, en multipliant sécheresses, incendies et tempêtes, ne fera qu’aggraver la tendance.






