Choose France : 93 milliards de bonnes nouvelles, mais à quel prix ?

Emmanuel Macron a annoncé 93 milliards d’euros d’investissements étrangers à Choose France 2026. Mais cette attractivité repose surtout sur des atouts structurels hérités (nucléaire, ingénieurs) et non sur une politique industrielle cohérente, tandis que les PME françaises périclitent.

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Choose France : 93 milliards de bonnes nouvelles, mais à quel prix ? © L'EnerGeek

Emmanuel Macron a sorti les tapis rouges à Versailles pour annoncer un record historique : 93 milliards d’euros d’investissements étrangers promis en une seule édition de Choose France. Impressionnant sur le papier. Mais derrière les chiffres flatteurs, la question que personne ne pose vraiment dans les couloirs dorés du château : combien de ces milliards arrivent malgré l’État français, et non grâce à lui ?

L’effet vitrine ne fait pas une politique industrielle

Reconnaissons-le : 93 milliards d’euros, plus de 15 000 emplois annoncés, une domination affichée sur les secteurs de l’IA, de l’énergie et de la santé. C’est incontestablement une bonne nouvelle pour la France. Les investisseurs étrangers votent avec leurs carnets de chèques, et cette année, ils votent massivement pour notre pays. Je me garderais bien de bouder ce succès.

Mais force est de constater que ce flux d’investissements repose sur des fondations qu’il faut examiner honnêtement. Une large part de l’attractivité française dans l’énergie et l’IA tient à deux atouts structurels : notre parc nucléaire, qui offre une électricité bas carbone parmi les moins chères d’Europe pour les industriels, et nos formations d’ingénieurs, parmi les meilleures au monde. Deux héritages bâtis sur des décennies, pas sur des effets d’annonce.

Ce que les data centers américains viennent chercher en France, ce n’est pas la bienveillance administrative — tout le monde dans cette industrie sait que le parcours du combattant réglementaire reste un cauchemar — c’est notre mix électrique décarbonné et nos prix compétitifs. Quand Microsoft ou Google investissent massivement dans nos infrastructures numériques, ils achètent du kilowattheure nucléaire à bas coût, pas du formulaire Cerfa.

Le paradoxe français : attractif malgré soi

C’est là que le bât blesse. Pendant que Macron parade à Versailles, Duralex, une entreprise française de 243 salariés, emblème du savoir-faire industriel hexagonal, est placée en redressement judiciaire pour des tensions de trésorerie. Le symbole est brutal : on attire les capitaux étrangers avec des promesses numériques pendant que nos PME industrielles historiques meurent à petit feu, asphyxiées par des charges, des normes et une énergie dont le coût pour les petits industriels reste bien supérieur à celui consenti aux grands groupes.

La Suisse, les Pays-Bas, l’Allemagne même dans ses meilleurs jours n’ont jamais eu besoin d’organiser des sommets de prestige pour attirer les investisseurs. Leur attractivité est systémique : fiscalité prévisible, administration simple, marché du travail flexible. En France, on compense les handicaps structurels par du marketing institutionnel de haut vol. Ce n’est pas une stratégie, c’est un cache-misère.

L’énergie, seul avantage compétitif durable — à condition de ne pas le sacrifier

Le vrai sujet pour les lecteurs de L’Energeek, c’est celui-ci : la France dispose d’un avantage énergétique considérable que les investisseurs en IA et en industrie lourde ont parfaitement identifié. Les data centers consomment des quantités colossales d’électricité — un grand centre de calcul dédié à l’IA peut absorber plusieurs centaines de mégawatts. Notre nucléaire relancé, nos futurs SMR, notre capacité à produire une électricité abondante et décarbonée : voilà notre vraie rente d’attractivité pour les décennies à venir.

Mais cet avantage est fragile. Il suffit d’une décision politique mal calibrée — taxation excessive des data centers, ralentissement du programme nucléaire, subventions massives à des ENR intermittentes qui déstabilisent le réseau — pour faire fuir ces capitaux vers la Pologne ou la Suède, qui construisent aussi leur avenir nucléaire.

93 milliards, c’est une promesse. La garder exige moins de cérémonies à Versailles et plus de courage réformateur au quotidien.

Jean-Baptiste Giraud

Éditorialiste

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