La nuit du mardi 14 au mercredi 15 juillet 2026 restera comme l’une des plus sombres, au sens propre, de l’histoire énergétique récente de la Tunisie. Vers 23 heures, en pleine transmission de la demi-finale de la Coupe du monde, le réseau électrique a lâché à grande échelle. Le Grand-Tunis, Tataouine, Nabeul, Monastir et plusieurs gouvernorats de l’intérieur ont plongé dans le noir, parfois jusqu’au lever du jour.
Dans la capitale, les quartiers d’Ennasr, El Ghazala et Riadh Andalous ont particulièrement souffert. La panne survenait après une journée déjà marquée par des coupures localisées, et elle s’inscrivait dans une série d’incidents électriques enregistrés ces derniers jours dans plusieurs régions du pays.
Les conséquences ont été immédiates et parfois inquiétantes. Des ascenseurs se sont bloqués avec des habitants coincés à l’intérieur, obligeant les pompiers à intervenir durant plusieurs heures. Les sirènes d’ambulances résonnaient dans des rues plongées dans l’obscurité. Dans les zones touristiques, plusieurs gérants de cafés et de bars racontent avoir perdu une soirée entière de recettes, leur clientèle étant repartie précipitamment.
Sur les réseaux sociaux, les témoignages ont afflué toute la nuit, dénonçant le silence de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG). Une habitante de l’Ariana résume le sentiment général dans Le Courrier de L’Atlas : « La STEG ne répond plus au téléphone lorsqu’on essaie de se renseigner sur la durée des coupures. On entend tout et son contraire : certains parlent de délestage, d’autres d’une panne générale. »
Trifa évoque la chaleur et la peur d’un effondrement total
Le mercredi matin, le président-directeur général de la STEG, Fayçal Trifa, est enfin sorti de son silence, dans un entretien accordé à Diwan FM. Il pointe une vague de chaleur exceptionnelle, une demande énergétique record et des contraintes techniques pesant sur la stabilité du réseau.
Selon lui, les délestages, ces coupures programmées qui ne dépassent normalement pas une heure, servent à éviter le pire. « D’éviter un effondrement complet du réseau électrique », a-t-il justifié. Les hôpitaux et les infrastructures vitales en sont exclus, et la répartition entre régions suit des critères techniques liés à l’intensité de la chaleur et à la charge supportée localement.
Quant aux coupures qui se prolongent bien au-delà d’une heure, Trifa les attribue à autre chose. « Lorsque les coupures se prolongent davantage, elles seraient généralement liées à des pannes techniques provoquées par la surcharge des transformateurs et des équipements sous l’effet des fortes chaleurs », a-t-il expliqué.
Les équipes techniques de la STEG poursuivent leurs interventions malgré des conditions climatiques difficiles, a-t-il ajouté, en appelant les Tunisiens à limiter leur consommation aux heures de pointe.
Le mécanisme reste le même partout : quand la demande dépasse les capacités disponibles, une partie du réseau est coupée temporairement pour préserver l’équilibre global et éviter un black-out complet. Remettre en service un système après une panne généralisée demande du temps et des opérations techniques complexes, un argument que Trifa a fait valoir sans détour : « Ne pas recourir au délestage lorsque cela est nécessaire pourrait entraîner un effondrement complet du réseau. »
Les chiffres donnent la mesure du problème. En été, lors des épisodes de forte chaleur, la pointe de consommation tunisienne tourne autour de 4 700 à 5 000 MW, portée par le fonctionnement massif des climatiseurs entre 13 heures et 17 heures. L’été 2025 avait déjà frôlé des niveaux records, et la STEG anticipe des pics comparables, voire supérieurs, pour 2026.
Une panne en Algérie a aggravé la pression sur le réseau tunisien
L’affaire ne se limite pas à la Tunisie. Un incident technique est survenu dans une installation énergétique de Sidi Okba, dans l’est de l’Algérie. Or la Tunisie bénéficie d’accords d’échange d’électricité avec son voisin, censés soutenir le réseau national aux heures de forte demande. Cette panne algérienne a réduit les quantités d’énergie disponibles pour la Tunisie, ajoutant de la pression sur un système déjà à la limite.
Des perturbations similaires ont d’ailleurs touché presque simultanément l’Algérie et la Libye, ce qui relance les interrogations sur la fragilité des réseaux interconnectés du Maghreb. Trifa a lui-même relativisé l’épisode en citant l’exemple espagnol : l’Espagne a connu en 2025 une panne d’environ 24 heures avant un rétablissement complet, preuve que même des pays disposant de infrastructures fragiles ne sont pas à l’abri.
Le patron de la STEG a renouvelé son appel à une consommation raisonnée, en particulier pour les climatiseurs, seul moyen selon lui de limiter les risques de nouvelles perturbations dans les prochaines semaines de canicule.






