Le 9 avril 2026, dans la foulée d’un cessez-le-feu fragile avec les États-Unis, l’Iran a confirmé sa volonté d’imposer un péage dans le détroit d’Ormuz. Ce passage stratégique, par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial selon Reuters, devient ainsi un point de friction majeur pour le secteur pétrolier. La question est immédiate : cette nouvelle taxe maritime va-t-elle renchérir durablement le prix du brut ?
Un péage à Ormuz pour contrôler la navigation pétrolière
La décision iranienne s’inscrit dans une logique de contrôle. Téhéran ne se contente plus de contrôler le détroit : il souhaite désormais monétiser le passage des tankers. Dans les faits, le dispositif est déjà en train de se mettre en place. Selon AP News, certains navires sont redirigés vers des points de contrôle, où leurs cargaisons et leurs équipages sont inspectés avant autorisation de passage. Cette régulation progressive préfigure un système de péage structuré.
Par ailleurs, le transit n’est plus libre. Des autorisations spécifiques sont exigées et des routes maritimes dites « sûres » sont imposées, comme le rapporte Reuters. Autrement dit, l’Iran exerce désormais un contrôle quasi total sur la navigation dans le détroit.
Cette stratégie repose sur un levier simple mais puissant : Ormuz est un passage incontournable. Large de seulement 34 kilomètres à son point le plus, il ne dispose d’aucune alternative viable pour les exportations de pétrole du Golfe.
Péage à Ormuz : combien ça coûte pour un tanker ?
Selon Reuters, le péage envisagé pourrait atteindre jusqu’à 2 millions de dollars par navire, soit environ 1,84 million d’euros. Pour un supertanker transportant environ 2 millions de barils, ce montant représente un surcoût d’environ 1 dollar par baril, selon AP News. Ce chiffre peut sembler limité, mais à l’échelle du marché mondial, son impact est considérable.
En effet, le prix du Brent oscillait autour de 97,35 dollars le baril le 9 avril, soit environ 89,5 euros selon Reuters. Ajouter près d’un euro par baril revient à intégrer une hausse immédiate de plus de 1 %. Pas de quoi annuler la chute de plus de 10 % survenue après le cessez-le-feu, mais de quoi rajouter une couche d’inquiétude.
Surtout, ce coût ne sera pas absorbé par les armateurs. Il sera répercuté sur l’ensemble de la chaîne : négociants, raffineurs, puis consommateurs finaux. Le péage agit donc comme une taxe indirecte sur le pétrole mondial.
Pétrole : une pression durable sur les prix
Au-delà du coût direct, l’effet le plus important concerne le risque. Le marché pétrolier réagit autant à l’incertitude qu’aux volumes. Or, selon des analystes de Standard Chartered cités par Reuters, « le transit par le détroit d’Ormuz n’est pas redevenu sans risque » et reste soumis aux décisions iraniennes. Cette incertitude se traduit immédiatement par une prime de risque intégrée dans les prix.
De plus, le trafic pourrait être fortement réduit. Le flux quotidien, habituellement proche de 100 navires selon le Wall Street Journal, a déjà été limité lors des tensions récentes. Moins de navires signifie moins de pétrole disponible sur le marché.
Parallèlement, certaines exemptions montrent que le système sera sélectif. Reuters indique que des navires malaisiens ont pu transiter sans payer, tandis qu’un tanker transportant 1 million de barils irakiens a bénéficié d’un passage autorisé.
L’Iran pourrait utiliser ce péage comme un outil durable. Des experts cités par Reuters estiment que Téhéran cherchera à maintenir ce levier pour financer sa reconstruction et peser sur les négociations internationales.
Un péage à Ormuz contesté mais difficile à éviter
Cependant, cette décision se heurte au droit maritime international. La Convention des Nations unies garantit la liberté de passage dans les détroits. Comme le rappelle le juriste Philippe Delebecque, cité par AP News, « la liberté de navigation a toujours été reconnue, y compris spécifiquement dans les détroits ». Malgré cela, la réalité sur le terrain est différente.
Les réactions politiques sont vives. Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a jugé cette mesure « complètement inacceptable », selon Reuters. Il estime qu’elle menace directement la liberté de navigation. Mais en pratique, les armateurs ont peu d’alternatives. Le détroit d’Ormuz reste un passage obligé pour une grande partie du pétrole mondial. Et tant que l’Iran contrôle l’accès, il impose de facto ses règles.



