Voies ferrées et solaire : la Suisse teste un nouveau gisement énergétique

La solarisation des voies ferrées franchit un cap en Suisse avec un projet pilote inédit. En installant des panneaux photovoltaïques amovibles entre les rails, une start-up explore un nouveau gisement énergétique, observé de près par les acteurs ferroviaires et électriques européens.

Publié le
Lecture : 3 min
Voies Ferrees Solaire Suisse Energetique
Voies ferrées et solaire : la Suisse teste un nouveau gisement énergétique © L'EnerGeek

La transition énergétique pousse les opérateurs à explorer des surfaces jusqu’ici négligées. Parmi elles, les voies ferrées attirent désormais l’attention des spécialistes du solaire. En Suisse, une expérimentation conduite depuis avril 2025 ouvre une piste originale : produire de l’électricité photovoltaïque directement au cœur de l’infrastructure ferroviaire, sans artificialisation supplémentaire des sols.

Un potentiel solaire jusqu’ici inexploité

Dans les stratégies énergétiques européennes, le foncier constitue un verrou majeur. Les grandes centrales solaires au sol se heurtent à des conflits d’usage, tandis que le photovoltaïque en toiture atteint progressivement ses limites. Les voies ferrées, par leur linéarité et leur emprise déjà artificialisée, apparaissent comme un réservoir encore largement vierge. La Suisse a décidé d’en tester concrètement le potentiel.

Le projet pilote repose sur une idée simple : utiliser l’espace disponible entre les rails pour y installer des modules photovoltaïques. Sur un tronçon de 100 mètres, 48 panneaux sont intégrés directement dans la plateforme ferroviaire. La puissance installée atteint 18 kilowatts-crête, pour une production annuelle estimée à 16 000 kilowattheures. À l’échelle d’un réseau national, ces chiffres restent modestes, cependant ils permettent de valider les hypothèses énergétiques de départ. Les voies ferrées deviennent ainsi un objet d’étude énergétique à part entière.

L’intérêt pour les acteurs de l’énergie réside moins dans la performance brute que dans la reproductibilité du modèle. Si cette technologie était déployée sur plusieurs centaines, voire milliers de kilomètres, elle pourrait constituer un complément non négligeable aux capacités photovoltaïques existantes. En outre, l’électricité produite peut être injectée localement, limitant les besoins en renforcement de réseaux.

Une technologie amovible pensée pour l’exploitation ferroviaire

Le caractère amovible du dispositif constitue un élément central du projet. Contrairement à des installations fixes, les panneaux peuvent être posés et retirés rapidement à l’aide de machines spécifiques. Cette approche vise à préserver la disponibilité des voies ferrées et à éviter toute entrave aux opérations de maintenance. Cet aspect est déterminant, car il conditionne le coût global du kilowattheure produit.

Les essais en cours portent sur plusieurs dimensions techniques. D’abord, la résistance des panneaux aux contraintes mécaniques induites par le passage des trains. Ensuite, leur comportement face aux projections de ballast, à l’encrassement et aux variations thermiques. Enfin, des mesures d’éblouissement sont réalisées afin de s’assurer que la réflexion de la lumière ne perturbe ni les conducteurs ni les systèmes de signalisation. Les voies ferrées, par leur environnement spécifique, imposent des exigences bien supérieures à celles d’une centrale solaire classique.

Sur le plan énergétique, les données collectées doivent permettre d’évaluer la dégradation des performances dans le temps. Les acteurs du secteur savent que le rendement d’une installation photovoltaïque dépend fortement des conditions d’exploitation. Ici, l’enjeu est de vérifier si les coûts de maintenance restent compatibles avec un modèle économique viable, notamment dans un contexte de baisse progressive des tarifs de l’électricité solaire.

Pourquoi les acteurs de l’énergie et la SNCF observent l’expérimentation

L’intérêt manifesté par la SNCF dépasse le cadre de l’innovation ferroviaire. Premier consommateur d’électricité en France, le groupe cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement et à renforcer sa production d’énergie renouvelable. Les voies ferrées, dont il est gestionnaire sur une large partie du territoire, représentent un actif stratégique dans cette perspective.

Pour la SNCF, l’expérimentation suisse menée par Sun-Ways constitue un banc d’essai précieux. Elle permet d’analyser la compatibilité du solaire avec les contraintes ferroviaires, mais aussi d’évaluer l’intérêt énergétique à long terme. À ce stade, il ne s’agit pas d’un déploiement industriel, mais d’une phase d’observation destinée à nourrir les décisions futures.

Du point de vue du secteur énergétique, cette initiative pose une question plus large : celle de l’intégration du photovoltaïque dans les infrastructures de transport. Routes, autoroutes, parkings et désormais voies ferrées deviennent des supports potentiels de production d’électricité. Cette hybridation des usages pourrait contribuer à densifier le mix énergétique sans multiplier les conflits fonciers.

Toutefois, des obstacles subsistent. La réglementation ferroviaire, la sécurité des installations et les coûts spécifiques restent des freins importants. Pour les énergéticiens, le défi consistera à démontrer que le solaire sur voies ferrées peut atteindre une compétitivité suffisante face aux autres formes de production décentralisée. Si tel est le cas, cette solution pourrait s’inscrire durablement dans les stratégies énergétiques européennes, en particulier dans les pays à forte densité ferroviaire.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.