Les États-Unis ont pris, lundi 12 janvier, une décision judiciaire majeure dans le domaine de l’éolien offshore. Le juge fédéral Royce Lamberth a ordonné la reprise immédiate du chantier Revolution Wind, situé au large de la côte nord-est. Ce projet, porté par le groupe danois Ørsted, avait été interrompu brutalement en décembre par l’administration Trump, dans le cadre d’un moratoire sur les grands parcs éoliens maritimes. Une décision qui avait suscité une vive opposition des industriels du secteur.
Un camouflet juridique pour la politique énergétique de Trump
Le 12 janvier 2026, le juge fédéral Royce Lamberth a donné raison aux développeurs du projet Revolution Wind, en estimant que le gel imposé par décret présidentiel reposait sur des fondements insuffisants. Il a prononcé une injonction préliminaire autorisant la reprise immédiate des travaux, suspendus depuis trois semaines par ordre de la Maison Blanche. Selon lui, « l’absence de justification claire concernant une menace sécuritaire immédiate » rendait la suspension arbitraire et potentiellement illégale, comme l’a rapporté Rhode Island Lawyers Weekly le 13 janvier 2026.
Ce chantier offshore, piloté par Ørsted et son partenaire Skyborn Renewables, était alors achevé à 87 %, avec 58 des 65 turbines déjà installées et les infrastructures de raccordement au réseau électrique finalisées. Cette avancée substantielle souligne l’importance stratégique du projet au sein du programme fédéral de transition énergétique.
Revolution Wind : un pilier industriel de l’éolien américain
D’un budget supérieur à 5 milliards de dollars, le projet Revolution Wind est destiné à fournir de l’électricité renouvelable à plus de 350 000 foyers répartis entre le Rhode Island et le Connecticut. Il représente l’un des maillons les plus avancés du développement éolien en mer sur le territoire américain. Au-delà de sa contribution énergétique, Revolution Wind incarne également un levier économique et industriel. L’arrêt des travaux, ordonné par Donald Trump, risquait d’entraîner des pénalités contractuelles importantes, de retarder la livraison prévue en 2027, et de fragiliser la confiance des investisseurs dans le secteur offshore.
Les autorités locales avaient, dès le début du chantier, validé des mesures d’atténuation pour limiter les impacts sur les radars militaires, une exigence régulièrement avancée par le Pentagone dans ce type de projets. Les équipes d’Ørsted ont ainsi collaboré dès 2024 avec les agences de sécurité pour garantir une compatibilité totale avec les systèmes de surveillance.
Sécurité nationale ou blocage idéologique : les arguments de Trump contestés
La suspension prononcée par Donald Trump en décembre 2025 faisait suite à un décret de janvier 2025 interdisant temporairement les nouveaux permis de projets éoliens en mer dans les eaux fédérales, peut-on lire dans Le Monde. L’ancien président avait justifié cette décision par des « préoccupations de sécurité nationale », sans fournir de preuves tangibles.
Cinq grands chantiers ont ainsi été paralysés sur la côte Est, dont Sunrise Wind au large de Long Island et Empire Wind près de New York. Ces projets, également en développement avancé, visent à desservir des centaines de milliers de foyers supplémentaires en électricité verte. Mais pour de nombreux experts, ces mesures s’inscrivent dans une hostilité idéologique assumée de l’ex-président à l’égard des énergies renouvelables. Plusieurs entreprises ont dénoncé un manque de transparence et une instrumentalisation politique des enjeux sécuritaires. Selon les développeurs, les préoccupations militaires avaient été largement traitées en amont, dans les phases de planification et d’octroi des permis.
La mobilisation du secteur éolien
Face à ce moratoire, Ørsted n’a pas tardé à réagir. L’entreprise a engagé plusieurs recours en justice pour contester la validité des suspensions, obtenant une première victoire dès septembre 2025, lorsque la justice avait déjà autorisé temporairement la poursuite des travaux sur Revolution Wind. Le nouvel arrêt du juge Lamberth vient consolider cette stratégie judiciaire offensive, qui pourrait inspirer d’autres développeurs impactés par la même politique. Le groupe a également indiqué vouloir poursuivre ses actions pour faire lever les blocages sur d’autres projets suspendus par décret.
La dimension économique de l’affaire dépasse le cas de Revolution Wind. Selon plusieurs analystes, l’incertitude juridique a contribué à fragiliser les valorisations boursières des groupes impliqués dans l’éolien offshore, en augmentant leur coût du capital et en refroidissant certains investisseurs institutionnels.
Une décision symbolique pour la transition énergétique américaine
La décision de justice rendue à Washington relance un dossier qui cristallisait de nombreuses tensions politiques. Elle conforte la place de l’éolien en mer comme levier central de la politique climatique des États‑Unis, en contradiction frontale avec les priorités affichées par Donald Trump depuis son retour au pouvoir.
Dans son jugement, Royce Lamberth a tenu à rappeler que l’administration avait manqué à son devoir de justification factuelle, condition essentielle pour restreindre un projet d’intérêt public. Cette précision pourrait constituer un précédent juridique dans les litiges à venir autour des grands projets énergétiques. Pour les partisans des renouvelables, cette décision constitue une victoire stratégique, tant sur le plan industriel que symbolique. Elle montre que le cadre légal américain peut encore arbitrer avec rigueur les conflits opposant ambitions climatiques et décisions politiques à visée partisane.






