À chaque automne, les Européens ajustent leurs montres : une heure en moins, des soirées plus courtes, et toujours la même question : pourquoi continuer ? En Espagne, où le changement d’heure reste appliqué selon la directive européenne, le débat ressurgit avec vigueur. Pedro Sánchez, Premier ministre, a annoncé le 20 octobre 2025 vouloir supprimer la pratique à l’échelle de l’Union. Selon Madrid, la mesure n’a plus de justification énergétique et perturbe inutilement le rythme des citoyens.
Changement d’heure : aux origines d’une mesure énergétique
Le changement d’heure n’a pas été inventé pour le confort des dormeurs, mais pour économiser du carburant. L’idée apparaît d’abord au Royaume-Uni en 1916, en pleine Première Guerre mondiale, avant d’être abandonnée puis réintroduite dans les années 1970 après le premier choc pétrolier. L’objectif était simple : profiter davantage de la lumière naturelle pour réduire la consommation d’électricité le soir.
L’Espagne adopte le système de façon coordonnée avec ses voisins en 1980. La Communauté économique européenne fixe ensuite un calendrier commun en 1996, consolidé par la directive 2000/84/CE : passage à l’heure d’été le dernier dimanche de mars, retour à l’heure d’hiver le dernier dimanche d’octobre. Cette année encore, l’Europe reculera ses horloges la nuit du samedi 26 au dimanche 27 octobre 2025, et à 3 heures du matin il sera 2 heures.
À l’époque, le calcul paraissait évident : un coucher de soleil plus tardif équivalait à moins d’ampoules allumées. Mais quarante-cinq ans plus tard, les conditions énergétiques ont changé. « Changer la montre deux fois par an n’a plus de sens », tranche Pedro Sánchez, cité par Catalan News.
L’effet énergétique, hier moteur, aujourd’hui marginal
Il faut dire que tout à changé : selon une estimation citée par El País, les économies d’énergie générées par le changement d’heure représentent environ 6 euros par an et par foyer. L’efficacité énergétique des logements, l’éclairage LED et la généralisation du télétravail ont profondément modifié la courbe de consommation électrique.
« Dans les années 1980, le pic se situait le soir, quand les foyers s’éclairaient. Aujourd’hui, le pic est diurne, dominé par la climatisation et l’activité numérique », explique un chercheur du ministère espagnol de la Transition écologique cité par Europa Press.
L’Espagne produit désormais plus de 50 % de son électricité à partir de sources renouvelables. Les variations de lumière naturelle n’influent donc plus vraiment sur la facture. Les centrales solaires injectent de l’énergie le jour, quand la demande est déjà forte, tandis que les réseaux intelligents absorbent les écarts.
Dans ce contexte, le bénéfice énergétique du changement d’heure s’est effondré. Les autorités espagnoles préfèrent miser sur des leviers plus efficaces : rénovation thermique, sobriété, stockage d’énergie, flexibilité de la demande. « Le gain d’une heure de soleil ne compense plus la complexité administrative ni les effets sur la santé », résume RTVE.
Un projet européen abandonné qui revient
Bruxelles aussi s’était penchée sur la question. En 2018, une consultation publique menée par la Commission européenne avait recueilli 4,6 millions de réponses : 84 % des participants réclamaient la fin du changement d’heure. Le Parlement européen avait suivi en 2019, prévoyant une suppression dès 2021. Mais faute d’accord sur le fuseau horaire permanent, et sur fond e crise de la Covid-19, la réforme s’est enlisée.
Six ans plus tard, Madrid veut la relancer. Lors du Conseil de l’Énergie de Luxembourg, le 20 octobre 2025, l’Espagne a soumis une proposition visant à supprimer définitivement le changement d’heure saisonnier dès 2026. Selon El Pais, la Finlande et la Pologne ont déjà apporté leur soutien. Le commissaire européen à l’Énergie, Dan Jørgensen, a estimé que la fin des changements bianuels représentait « le chemin le plus logique ».





