Un nouveau parc éolien au large du Cotentin s’apprête à marquer une étape importante pour la scène énergétique française. Choisi par le gouvernement Bayrou, le consortium TotalEnergies-RWE se retrouve propulsé au premier plan, mais l’attribution officielle demeure suspendue à une étape décisive : le versement des garanties financières.
L’annonce a surpris les observateurs le 17 septembre : « le gouvernement Bayrou a choisi TotalEnergies et RWE pour construire un nouveau parc éolien en mer dans la Manche », rapportaient Les Échos. L’attribution de ce projet majeur, baptisé Centre Manche 2 (AO8), s’inscrit dans la stratégie énergétique française. Toutefois, sa réalisation dépend encore d’engagements financiers qui pourraient rebattre les cartes.
Un parc éolien de 1,5 GW attribué à TotalEnergies et RWE
Le parc éolien Centre Manche 2 représente un chantier majeur. Prévu à plus de 43 kilomètres au large de la presqu’île du Cotentin, il s’étendra sur une surface de 270 km² et développera une puissance installée de 1,5 gigawatt (GW), selon RWE France. La décision du gouvernement Bayrou, arrêtée peu avant sa démission mais encore non officialisée, a surpris nombre d’acteurs du secteur.
EDF Renouvelables, qui semblait favori, a été écarté. Le choix s’est porté sur un binôme inédit : l’Allemand RWE et le Français TotalEnergies, un acteur encore peu implanté dans l’éolien offshore français. Ce partenariat renforce sa crédibilité dans les énergies renouvelables et témoigne d’un repositionnement stratégique de la major pétro-gazière.
Une attribution conditionnée par les garanties financières
Si la décision politique est prise, le projet n’est pas encore totalement verrouillé. L’attribution officielle dépend de la fourniture des garanties financières. Selon Les Échos, Bercy attend que le consortium confirme sa solidité par un engagement bancaire ou capitalistique à la hauteur du projet. Cette condition est loin d’être une formalité. Dans le passé, certains lauréats d’appels d’offres, comme Equinor en Bretagne Sud, ont renoncé en raison d’un contexte économique défavorable.
Le coût de construction d’un parc éolien offshore se chiffre en milliards, et la hausse des taux d’intérêt ainsi que la pression inflationniste pèsent lourdement sur la rentabilité des projets. L’échéance est donc capitale. Sans garantie ferme, l’attribution pourrait être reconsidérée. Cette incertitude nourrit un climat de prudence dans la filière, habituée aux retards et aux revirements.
Des critères industriels et politiques décisifs
Au-delà du prix, la sélection du consortium TotalEnergies-RWE s’explique par un critère industriel mis en avant par le gouvernement : l’engagement à privilégier des turbines européennes. Cette orientation, confirmée par Energies de la Mer, s’inscrit dans une volonté de souveraineté énergétique et industrielle. Dans un secteur dominé par quelques grands constructeurs, la promesse de soutenir la filière européenne a sans doute pesé lourd dans l’évaluation.
Pour TotalEnergies, c’est l’occasion d’afficher sa contribution à l’économie locale et à la transition énergétique, alors que l’entreprise est régulièrement critiquée pour ses activités fossiles. Le projet doit aussi répondre aux exigences environnementales : étude d’impact, concertation avec les pêcheurs, protection de la biodiversité. Autant de paramètres susceptibles d’allonger le calendrier. Pour l’heure, RWE prévoit une mise en service du parc éolien en 2032, un horizon lointain mais représentatif des délais dans ce type de chantier.
TotalEnergies, un nouvel acteur majeur de l’éolien en mer
Jusqu’ici, TotalEnergies n’avait qu’une présence modeste dans l’éolien offshore français. Sa victoire sur Centre Manche 2 change la donne. Avec RWE, il se positionne au cœur de la stratégie énergétique nationale, aux côtés d’EDF et d’autres grands acteurs européens. L’entreprise française veut atteindre 100 GW de capacité renouvelable d’ici 2030. Ce parc éolien de 1,5 GW représente donc un jalon stratégique, autant pour son image que pour son portefeuille d’actifs.
Selon Les Échos, il s’agit d’une « décision surprise » qui démontre la volonté du gouvernement d’ouvrir le marché à de nouveaux entrants, afin d’accélérer la transition énergétique. Pour TotalEnergies, cette opportunité est aussi une réponse aux pressions croissantes de la société civile et des investisseurs, qui exigent une diversification rapide hors des hydrocarbures. Le consortium avec RWE, acteur reconnu de l’éolien en mer, apporte crédibilité et expertise technique à cette ambition.






