Ukraine : la Coalition des volontaires va renforcer les sanctions contre la Russie

Volodymyr Zelensky a résumé le cœur du dispositif : « La clé de la paix réside dans le fait de priver la machine de guerre russe de ses ressources financières. »

Publié le
Lecture : 3 min
exxonmobil-russie-retour-sakhaline-1
Ukraine : la Coalition des volontaires va renforcer les sanctions contre la Russie © L'EnerGeek

Depuis plus de trois ans et demi, l’Ukraine résiste aux assauts de Moscou. Mais cette guerre ne se joue pas seulement sur le champ de bataille. La résolution du conflit repose aussi sur une équation : sans les revenus issus du pétrole, du gaz et du charbon, la Russie ne peut financer son effort militaire.

Cette dépendance russe aux revenus des hydrocarbures a déjà été identifiée par les Européens en 2022, au moment des premières sanctions. Mais malgré les restrictions, la Russie continue d’écouler ses exportations vers l’Asie et de trouver des revenus via la « flotte fantôme » de tankers opérant dans l’ombre des régulations internationales.

À Kiev, le doute grandissait : l’Occident serait-il capable de s’attaquer durablement à ce nerf de la guerre ?

Paris clarifie sa position : la sécurité de l’Ukraine n’est pas négociable

Mercredi 3 septembre 2025, Emmanuel Macron a voulu lever toute ambiguïté. À l’Élysée, aux côtés de Volodymyr Zelensky, il a affirmé : « Les Européens sont prêts à apporter des garanties de sécurité à l’Ukraine le jour où une paix est signée. » Et d’ajouter : « La sécurité de l’Ukraine et des Ukrainiens est aussi celle de l’Europe. »

Si le propos est politique, il porte aussi une signification économique : assurer la sécurité de l’Ukraine suppose d’assécher les ressources qui alimentent l’appareil militaire russe.

Walid Harfouch : « L’Union européenne donne aujourd’hui des gages concrets à l’Ukraine »

Pour Walid Harfouch, ancien vice-président de la télévision nationale ukrainienne et ex-dirigeant d’Euronews, ce signal est déterminant : « L’Union européenne, longtemps perçue comme hésitante, donne aujourd’hui des gages concrets à l’Ukraine. Cette dynamique est largement impulsée par Emmanuel Macron, qui s’impose de plus en plus comme le premier ami de l’Ukraine en Europe. »

Il insiste aussi sur l’effet psychologique : « Pour les Ukrainiens, cela change tout : on ne se sent plus seuls, on voit qu’il existe une protection réelle, pas seulement des mots. »

La Coalition des volontaires : une force de sécurité et des sanctions renforcées

Réunis à Paris jeudi, les représentants de 26 pays ont validé deux engagements majeurs :

  1. La mise en place d’une force de réassurance qui pourrait être déployée après un cessez-le-feu, en mer, sur terre ou dans les airs, mais sans présence directe sur la ligne de front.
  2. Un durcissement coordonné des sanctions économiques et énergétiques contre Moscou, en partenariat avec Washington.

Volodymyr Zelensky a résumé le cœur du dispositif : « La clé de la paix réside dans le fait de priver la machine de guerre russe de ses ressources financières. » Donald Trump, de son côté, a exhorté l’Europe à cesser toute importation de pétrole russe et à accentuer la pression sur la Chine, soupçonnée de financer indirectement Moscou.

Quel est l’arsenal de sanctions existant ?

Depuis 2022, l’Union européenne a adopté plusieurs vagues de sanctions visant l’énergie :

  • Plafond de prix sur le pétrole russe exporté par voie maritime (actuellement autour de 48 dollars le baril).
  • Sanctions contre 105 navires de la flotte fantôme, accusés de transporter du brut en violation des règles.
  • Restrictions sur les gazoducs, notamment Nord Stream.
  • Exclusion de banques russes de SWIFT, limitant les transactions énergétiques.
  • Gel d’environ 210 milliards d’euros d’avoirs russes, dont une partie pourrait financer la défense et la reconstruction de l’Ukraine.

Ces mesures ont réduit les recettes de Moscou mais sans les anéantir. Le Kremlin a su rediriger une partie de ses flux vers l’Inde, la Chine et d’autres pays émergents.

Afin de répondre à cette réorientation des flux, la réunion du 4 septembre 2025 à Paris entre les 26 pays de la Coalition des volontaires a ouvert la voie à de nouvelles sanctions conjointes UE–États-Unis, notamment :

  • renforcement du plafonnement du prix du pétrole,
  • extension des sanctions aux entreprises et États qui facilitent le contournement (sanctions secondaires),
  • arrêt progressif des importations d’énergie russe en Europe, encore résiduelles,
  • saisie ou utilisation des actifs gelés pour financer l’effort ukrainien.

Aux États-Unis, un projet de loi propose même d’imposer un droit de douane de 500 % sur les importations provenant de pays achetant du pétrole ou du gaz russes.

L’Europe face à son dilemme énergétique

Pour l’Union Européenne, l’équation est délicate : maintenir la pression économique sur Moscou, tout en garantissant sa propre sécurité d’approvisionnement énergétique, et en accélérant la transition vers le nucléaire, les renouvelables et les importations diversifiées. C’est là que se joue la crédibilité de la stratégie française : les garanties de sécurité militaires ne seront crédibles que si elles s’accompagnent d’une capacité à tenir sur le front énergétique.

Paris a une nouvelle fois placé la question énergétique au cœur de la bataille diplomatique. Les garanties données à l’Ukraine devraient s’accompagner d’un nouvel effort pour couper Moscou de ses revenus énergétiques, au prix d’une reconfiguration profonde des marchés mondiaux. Comme le rappelle Walid Harfouch, ce tournant redonne confiance à Kiev.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.