La Chine s’apprête à faire un grand saut dans le domaine de l’hydroélectricité en démarrant la construction du barrage de Motuo. Situé sur le haut plateau tibétain, au Sud-Est du Tibet, ce projet titanesque s’annonce comme une vraie prouesse d’ingénierie et un jalon majeur dans la stratégie énergétique chinoise. Avec une capacité prévue de 60 Gigawatts, ce barrage sera trois fois plus puissant que le fameux barrage des Trois-Gorges et aura une puissance équivalente à l’ensemble du parc nucléaire français. Bien entendu, ce projet soulève des débats et inquiète tant sur le plan local qu’international.
Un projet d’envergure incroyable
Le barrage de Motuo est prévu pour être construit sur le fleuve Yarlung Tsangpo (que l’on connaît sous le nom de Brahmapoutre en Inde). Le coût estimé est de 167,1 milliards de dollars (environ 143 milliards d’euros), ce qui illustre bien l’ampleur de l’investissement mis en jeu par la Chine pour booster sa production d’énergie. À titre de comparaison, le barrage des Trois-Gorges, qui se trouve dans la province du Hubei, avait coûté environ 180 milliards de yuans en 1994, soit un peu plus de 25 milliards de dollars aujourd’hui.
Le but de ce projet n’est pas uniquement de garantir l’approvisionnement en électricité à l’échelle nationale, mais aussi de renforcer le contrôle sur les ressources en eau, s’inscrivant dans la transition énergétique de la Chine. La capacité totale potentielle des barrages hydroélectriques en Chine étant estimée à 270 GW – chiffre équivalent à la production d’énergie de l’Allemagne –, Pékin envisage de stimuler son influence économique régionale en vendant une partie de l’électricité produite à ses voisins.
Débats et défis écologiques
Ce projet n’est pas sans faire parler de lui. Le choix du Tibet, une région au statut politique sensible occupée par la Chine depuis plus de 70 ans, suscite de nombreuses critiques. Des ONG craignent que le projet ne conduise au déplacement de 750 000 à 1 million de personnes si l’on concrétise le plan de construction de 193 barrages.
L’Inde, quant à elle, s’inquiète des répercussions sur le fleuve Brahmapoutre, une source vitale pour sa population. Environ 1,8 milliard de personnes dépendent des eaux issues du Tibet pour irriguer leurs cultures. Par ailleurs, la zone sélectionnée pour le barrage connaît une activité sismique intense, augmentant les risques liés à sa stabilité.
À cela s’ajoute la problématique des températures élevées qui pourraient compromettre le bon fonctionnement des installations hydrauliques. La Chine, qui compte 1,4 milliard d’habitants, ne dispose par ailleurs que de 6% des réserves mondiales d’eau douce.
Enjeux stratégiques et retombées régionales
Au-delà des aspects techniques et environnementaux, ce projet s’inscrit dans une vision plus large destinée à renforcer la place de la Chine en Asie, illustrant une innovation énergétique. En se dotant d’un meilleur contrôle sur les ressources hydriques partagées avec d’autres pays, Pékin compte satisfaire sa demande d’énergie en forte croissance tout en augmentant son influence auprès de ses voisins via des accords commerciaux sur l’électricité.






