Russie : Poutine signe un décret qui autorise plus de pollution

En 2035, la Russie pourrait émettre jusqu’à 2 milliards de tonnes de dioxyde de carbone par an. Soit 300 millions de tonnes de plus qu’en 2021.

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Russie : Poutine signe un décret qui autorise plus de pollution © L'EnerGeek

La Russie vient de franchir un cap inattendu. Dans un contexte de dérèglement climatique généralisé, le pouvoir central choisit une trajectoire qui interroge. Le décret signé le 6 août 2025 par Vladimir Poutine fixe un nouveau cap pour les émissions nationales de gaz à effet de serre.

Un plafond relevé de 20 % : la Russie change de cap climatique

Le mercredi 6 août 2025, Vladimir Poutine a signé un décret autorisant une hausse de 20 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici à 2035, par rapport aux niveaux de 2021. L’objectif désormais affiché par le Kremlin consiste à plafonner les rejets annuels de dioxyde de carbone (CO2) à 2 milliards de tonnes, contre 1,7 milliard mesurés en 2021 selon les chiffres transmis à l’Organisation des Nations Unies (ONU). Un choix assumé par le président russe, qui met en avant les capacités pour absorber le carbone des forêts nationales pour justifier ce niveau.
Le texte officiel évoque une « réduction des émissions de 65 à 67 % par rapport à 1990 », une base de comparaison jugée trompeuse par plusieurs spécialistes. En effet, les émissions russes avaient chuté de plus de moitié dans la décennie suivant l’effondrement de l’Union soviétique, du fait d’un repli industriel majeur.

Derrière cette décision se profile un facteur structurel : la dépendance économique de la Russie à ses exportations de pétrole et de gaz naturel. Opposée à l’abandon progressif des énergies fossiles lors des sommets climatiques précédents, la Russie fait entendre une voix dissonante dans les négociations internationales.
Le chef de l’État russe avance l’argument des « vastes forêts russes qui absorbent le carbone » pour compenser les émissions croissantes, comme le rappelle Libération dans son article du 6 août 2025. Mais pour de nombreux défenseurs du climat, ce raisonnement ne tient pas face à l’urgence environnementale.

Une trajectoire incompatible avec l’Accord de Paris

La Russie fait partie des signataires de l’Accord de Paris, qui vise à limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels. Pourtant, les nouvelles orientations climatiques du Kremlin semblent s’en éloigner clairement. En dépit de l’annonce d’une neutralité carbone visée pour 2060, les ONG environnementales dénoncent un manque d’ambition, voire un contresens historique.
Le chiffre de 2 milliards de tonnes de CO2 par an reste certes en dessous du record de 3,1 milliards enregistré en 1990, mais il marque une rupture nette avec les dynamiques internationales. D’autant plus que, selon les données officielles du service météorologique d’État russe, « la Russie se réchauffe 2,5 fois plus vite que la moyenne mondiale ».

Alors que l’Union européenne vise une réduction de 55 % de ses émissions d’ici à 2030, la Russie emprunte une voie divergente. Le décret du 6 août est perçu par les spécialistes du climat comme une manœuvre politique plus que comme un engagement environnemental. Certains dénoncent une instrumentalisation des chiffres : utiliser l’année 1990 comme référence permet de masquer l’ampleur réelle de la hausse par rapport à la situation actuelle.

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