L’administrateur intérimaire de la NASA, Sean Duffy, a annoncé, le 5 août, une accélération significative du programme lunaire. L’agence américaine vise désormais l’installation d’un réacteur nucléaire de 100 kilowatts sur la lune à l’horizon 2030. Ce choix stratégique, validé par une directive interne, repositionne les ambitions spatiales des États-Unis face à la montée en puissance de la Chine et de la Russie.
Un défi énergétique hors norme : pourquoi le nucléaire s’impose
Sur la lune, la nuit dure quatorze jours terrestres. Dans ce contexte, l’énergie solaire ne suffit pas. La NASA planche depuis des années sur un système de fission destiné à garantir une production électrique continue. Initialement conçu pour délivrer 40 kilowatts, le dispositif visé par l’agence devra désormais en générer 100.
Le but est d’alimenter une base lunaire, des équipements scientifiques ou encore des unités de production de carburant spatial. « Il s’agit de gagner la deuxième course à l’espace », a confié anonymement un haut responsable de la NASA, cité par Politico.
Course stratégique : la menace d’un monopole lunaire
Cette accélération s’inscrit dans un climat géopolitique tendu. En mars 2024, Pékin et Moscou annonçaient un partenariat pour installer un réacteur sur la lune d’ici le milieu des années 2030. Washington redoute qu’un pays puisse s’approprier certaines zones lunaires en y établissant une présence énergétique permanente.
Sean Duffy, nommé à la tête de l’agence par Donald Trump, veut éviter que les États-Unis soient relégués au second plan du programme lunaire. « Le premier pays à s’y installer pourrait revendiquer un contrôle exclusif de la zone », note CNEWS.
De KRUSTY à Artemis : un projet déjà en incubation
La technologie n’est pas improvisée. Le projet s’appuie sur les résultats du programme Kilopower et du prototype KRUSTY (Kilopower Reactor Using Stirling Technology), testé avec succès en 2018. Ce réacteur expérimental de 10 kilowatts fonctionne avec de l’uranium très enrichi et utilise un système de conversion thermoélectrique basé sur des moteurs Stirling.
Le nouveau réacteur lunaire, cinq fois plus puissant, s’inscrit dans le cadre du programme Fission Surface Power. Ce dernier est co-développé avec le Département américain de l’Énergie et pourrait mobiliser des partenaires industriels comme BWX Technologies ou Lockheed Martin, selon Space.com.
Un budget très élevé pour ce projet
L’administration Trump a prévu une enveloppe budgétaire de 350 millions de dollars en 2026 (environ 303 millions d’euros), montant porté à 500 millions en 2027, selon Business AM.
Mais derrière ce financement ciblé, le budget global de la NASA subit une compression historique. Il serait le plus bas depuis 1961. Une situation paradoxale, alors même que le programme Artemis prévoit un retour d’astronautes américains sur la lune dès 2027, avec des missions habitées régulières et l’ambition d’une base permanente.






