Depuis janvier 2025, les exportations pétrolières russes subissent un ralentissement marqué, tant en volume qu’en valeur. D’après les données compilées par Bloomberg, Moscou a expédié environ 4 % de brut en moins sur les sept premiers mois de l’année par rapport à la même période en 2024, soit un manque à vendre de près de 30 millions de barils. Ce repli s’accentue à ‑7 % si l’on compare à 2023.
Les mauvais chiffres de vente du pétrole russe
Le volume moyen des expéditions maritimes s’établissait à 3,22 millions de barils/jour sur les quatre semaines clôturées le 27 juillet, en repli de 3 % par rapport à la période précédente. La semaine même du 27 juillet n’a vu que 24 tankers charger 18,63 millions de barils, contre 22,28 millions la semaine précédente. Par ailleurs, le raffinage domestique a lui aussi reculé, même si plus légèrement, illustrant un ralentissement global du cycle pétrolier russe.
Des revenus en forte baisse : la Russie perd son pouvoir
Au-delà du volume, c’est la valeur des exportations qui inquiète le Kremlin. Le revenu brut hebdomadaire tiré du pétrole est tombé à 1,14 milliard de dollars fin juillet, en baisse de 17 % en une semaine, sous l’effet combiné d’une contraction des flux et d’une baisse du prix de référence Urals (58,60 $/baril en Baltique et mer Noire). Selon l’Agence internationale de l’énergie, les revenus mensuels de juin liés à l’export de combustibles fossiles étaient 14 % plus faibles qu’un an auparavant.
Le budget fédéral russe pour 2025 en tient compte : les projections officielles publiées au printemps tablent sur 200,3 milliards de dollars de recettes énergétiques annuelles, soit 15 % de moins qu’en 2024.
La flotte fantôme : outil d’évitement, signe de fragilité
Face aux sanctions occidentales, notamment le plafonnement des prix imposé par le G7 et l’Union européenne, la Russie s’est appuyée sur une « flotte fantôme » — environ 1 200 à 1 400 navires — pour maintenir ses exportations. Ces pétroliers, souvent vieillissants, naviguent sans assurance occidentale ni signal AIS activé. En juin 2025, cette flotte assurait encore près de 59 % des expéditions de brut russe, contre 83 % en janvier.
Quotas OPEP+ : Moscou joue la discipline
Contrairement aux années précédentes, la Russie semble désormais respecter les quotas de production convenus avec l’OPEP+. Cette rigueur vise à stabiliser les prix mondiaux dans un marché saturé. Les restrictions actuelles de 5,85 millions de barils/jour sont maintenues jusqu’à septembre, avant une possible révision. La conformité russe est surveillée de près par le JMMC (Joint Ministerial Monitoring Committee) de l’OPEP+, alors que des entorses répétées avaient été constatées en 2023.
Malgré les efforts de réorientation vers l’Asie, notamment l’Inde, la Chine et la Turquie, les volumes restent instables. À la fin juillet, les livraisons vers l’Asie s’élevaient à 2,86 millions de barils/jour, un niveau constant depuis le mois précédent, mais insuffisant pour compenser les pertes vers l’Europe. Les livraisons vers la Turquie ont chuté à 280 000 barils/jour, un plus bas de douze semaines. La Russie doit aussi composer avec des cargaisons à destination incertaine, représentant environ 510 000 barils/jour.
En apparence résiliente, l’industrie pétrolière russe est en réalité soumise à un étau logistique, diplomatique et financier. Si Moscou a réussi à maintenir un certain niveau d’exportation grâce à sa flotte alternative et à ses alliances asiatiques, l’érosion des volumes, des recettes et des débouchés pourrait se transformer en crise structurelle d’ici fin 2025, surtout si de nouvelles sanctions entrent en vigueur.






