La start-up grenobloise Stellaria, issue du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et de Schneider Electric, a annoncé, le 17 juillet, une levée de fonds de vingt-trois millions d’euros. Ce financement soutient le développement d’un réacteur nucléaire de quatrième génération, reposant sur une double technologie inédite : sels fondus et neutrons rapides. Un projet hors normes, au cœur de la stratégie française de réindustrialisation énergétique.
Une levée de fonds structurante pour Stellaria
Stellaria a convaincu plusieurs acteurs d’investir dans ce projet radicalement innovant. Le fonds américain At One Ventures et l’européen Supernova Invest conduisent le tour de table, rejoints par les partenaires historiques : CEA Investissement, Schneider Electric, Exergon et Technip Energies. À ce soutien privé s’ajoute une subvention publique de dix millions d’euros, obtenue dans le cadre du dispositif « Réacteurs innovants » du plan France 2030.
Selon l’article publié dans Lyon Capitale le 24 juillet 2025, cette enveloppe permettra à Stellaria d’accélérer ses travaux techniques et réglementaires, et de doubler ses effectifs. « Cette levée de fonds démontre la confiance des investisseurs dans la maturité technique de notre réacteur à sels fondus… C’est une étape clé vers la réindustrialisation durable de notre territoire », affirme Nicolas Breyton, cofondateur et directeur général de Stellaria.
Le Stellarium, cœur d’un virage technologique
L’ambition de Stellaria : concevoir d’ici 2029 un prototype opérationnel de son réacteur baptisé Stellarium, avant une mise sur le marché prévue pour 2035. Ce système repose sur deux piliers technologiques rarement combinés : un combustible liquide (sels fondus) et un spectre neutronique rapide. Un choix stratégique, destiné à maximiser la fission et à réduire drastiquement les déchets radioactifs. Dans ce type de réacteur, les neutrons rapides permettent d’utiliser des combustibles peu valorisés dans les réacteurs à eau pressurisée classiques.
Le Stellarium pourra ainsi consommer de l’uranium appauvri, du plutonium issu du retraitement, voire du thorium. Il vise également la surgénération : produire autant, voire plus de combustible qu’il n’en consomme. La start-up ambitionne une autonomie de vingt ans sans recharge, pour une capacité suffisante à alimenter jusqu’à 400 000 personnes. Une perspective inédite qui fait dire à Laurie Menoud, associée d’At One Ventures, dans Lyon Capital : « Leur réacteur offre un faible CAPEX et LCOE, une sûreté passive avec un refroidissement en 72 heures, une flexibilité sur les combustibles et une montée en puissance rapide… Stellaria ne construit pas seulement un réacteur, elle construit l’avenir de l’énergie nucléaire ».
Une réponse aux enjeux du nucléaire du futur
Le modèle proposé par Stellaria se veut plus simple à construire, plus rapide à déployer et plus flexible à opérer. Installé sous terre, le réacteur est équipé de quatre barrières de confinement. Son dispositif de sûreté passive garantit l’arrêt automatique de la réaction en cas de surchauffe, sans intervention humaine. Ce niveau de sécurité, associé à la faible pression interne du réacteur, réduit considérablement les risques d’accident grave. Mais cette technologie reste encore peu éprouvée.
L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) souligne, dans des propos rapportés par Lyon Capitale, que « les analyses des scénarios d’accidents potentiels spécifiques aux RSF sont généralement peu connues, et il faut mener davantage d’expériences et d’essais de démonstration de la sûreté ». C’est précisément l’objet des travaux à venir de Stellaria : démontrer que la sûreté intrinsèque du Stellarium répond aux exigences les plus strictes.






