L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ont publié, le 15 juillet, un rapport commun qui bouscule les certitudes enracinées dans le monde agricole. Il faudra nourrir une population mondiale de plus en plus nombreuse avec une consommation alimentaire en hausse de 13 % d’ici 2035. Mais cette ambition ne doit pas rimer avec ravage écologique. Et selon ces deux organismes, cela est tout sauf une utopie.
Accroître la production agricole sans aggraver l’empreinte environnementale
L’agriculture représente actuellement 22 % des émissions humaines de gaz à effet de serre, rappellent la FAO et l’OCDE dans leur rapport conjoint. Or, l’expansion des surfaces cultivées et des cheptels, notamment en Afrique et en Asie du Sud, entraînerait, selon le scénario classique, une hausse de 6 % des émissions d’ici dix ans. Rien de bien réjouissant.
Pourtant, un autre chemin existe. À rebours des projections désabusées, le rapport défend qu’il serait possible de réduire ces émissions de 7 %, tout en augmentant la production alimentaire de 10 %, à condition de booster la productivité de 15 %. Et pas besoin d’attendre une révolution technologique : les solutions sont là, déjà disponibles.
Des pratiques agricoles connues, mais peu adoptées
Ce n’est pas la technologie qui manque car les pistes sont identifiées. Le rapport « Perspectives agricoles 2025-2034 » exhorte à modifier en profondeur la gestion des cultures et du bétail. Parmi les priorités : optimiser l’alimentation du bétail, premier émetteur de méthane agricole, via l’usage d’additifs, la récupération de biogaz à partir du lisier ou encore la rationalisation du pâturage. Les cultures, elles aussi, doivent être repensées.
L’enjeu est d’améliorer l’efficacité des nutriments, réduire les labours, et stocker plus de carbone dans les sols. À ce titre, les outils de l’agriculture de précision (GPS, capteurs intelligents, dosage automatisé) sont des leviers redoutablement efficaces. Mais leur diffusion reste marginale parce que ces technologies, pourtant rodées, peinent à franchir le seuil critique d’adoption. « En dépit de leur potentiel technique, dans de nombreuses régions ces technologies ont été peu adoptées », déplorent la FAO et l’OCDE, dans des propos partagés par Le Nouvel Obs. Et ce à cause des coûts d’investissement élevés, des infrastructures inadaptées, et l’absence de mesures incitatives suffisantes.
Des solutions économiques et politiques pour sortir du blocage
Rien de tout cela ne se fera sans volonté politique. Le rapport insiste sur l’importance de réformes structurelles, parmi lesquelles la suppression des subventions perverses, la tarification du carbone, ou encore la redirection des aides vers l’innovation verte. Les deux organisations en appellent aussi à une meilleure gestion du gaspillage alimentaire, un levier souvent négligé mais dont l’impact est majeur.
Parallèlement, elles proposent d’élargir les soutiens aux pratiques d’agriculture régénérative, de renforcer les réseaux d’irrigation efficients, et de généraliser les politiques de reforestation ciblée. Ce sont là des choix d’arbitrage, qui nécessitent courage politique et concertation internationale. Pas de greenwashing dans le texte, l’équation n’est pas magique, mais elle est solvable.






