Réforme du DPE : les ajustements qui reclassent 650 000 logements chauffés à l’électricité

Le gouvernement a validé une évolution du mode de calcul du diagnostic de performance énergétique (DPE), principalement liée au facteur de conversion de l’électricité en énergie primaire.

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Réforme du DPE : les ajustements qui reclassent 650 000 logements chauffés à l’électricité © L'EnerGeek

Le 9 juillet 2025, les autorités ont officialisé une modification de la méthode de calcul du DPE, visant à corriger un biais affectant les logements utilisant l’électricité comme source de chauffage principale. L’évolution du coefficient de conversion devrait permettre à environ 650 000 logements de quitter la catégorie des passoires thermiques. Mais qu’est-ce qui va changer ?

Réforme du DPE : l’abaissement du facteur de conversion de l’électricité

Le diagnostic de performance énergétique (DPE) repose sur une estimation conventionnelle des consommations énergétiques annuelles d’un logement exprimées en énergie primaire (kWhEP/m².an), complétée par une évaluation des émissions de gaz à effet de serre (kgCO₂/m².an). Il utilise pour cela un moteur de calcul normalisé (3CL-DPE 2021), intégré dans les logiciels agréés, qui mobilise divers paramètres liés au bâti, aux équipements, à la ventilation, à l’inertie thermique, etc.

Jusqu’en 2025, le coefficient de conversion de l’électricité en énergie primaire était fixé à 2,3, conformément à l’arrêté du 31 mars 2021. Ce facteur est censé refléter la quantité d’énergie primaire nécessaire pour produire 1 kWh d’électricité disponible à la consommation finale, en tenant compte du mix électrique national, du rendement des centrales, et des pertes en ligne.

Or, dans un contexte de décarbonation progressive du mix énergétique français, ce coefficient a été jugé obsolète. La Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC), en lien avec l’Ademe, a validé une réduction à 1,9, alignée sur les projections actualisées de l’énergie primaire associée à l’électricité française à horizon 2030, telles que définies dans les documents de planification énergétique (PPE et SNBC).

Cette révision se fera par arrêté au Journal officiel, après la clôture de la consultation publique ouverte en juillet 2025, pour une entrée en vigueur attendue en septembre 2025, relaye Selectra.

Conséquences sur la classification énergétique des logements chauffés à l’électricité

La principale conséquence de cette révision est le reclassement automatique de plusieurs centaines de milliers de logements chauffés à l’électricité. En effet, le DPE repose sur un système de seuils fixes définis par classes (de A à G), qui conditionnent à la fois l’étiquette énergie (consommation primaire) et l’étiquette climat (émissions de CO₂).

Avec un coefficient abaissé à 1,9, les logements précédemment classés F ou G peuvent passer à E ou D, sans changement physique. L’impact est particulièrement fort pour les habitations disposant d’une isolation correcte, d’un double vitrage, et d’un système de chauffage individuel électrique.

Selon les estimations consolidées, ce sont :

  • Environ 650 000 logements, aujourd’hui classés passoires thermiques, qui seront reclassés ;
  • Jusqu’à 850 000 logements potentiellement concernés si l’on intègre les effets cumulatifs sur les étiquettes énergie et climat.

Ce reclassement n’aura aucun impact sur les logements utilisant des énergies fossiles, qui conservent un facteur de conversion stable.

Une mise à jour automatique, sans nouveau diagnostic requis

L’un des points techniques importants est que ce changement n’implique pas de nouvelle visite technique, ni de commande de DPE supplémentaire. La base de calcul du DPE reste la même (3CL), mais le logiciel enregistre un nouveau facteur de conversion.

Pour en bénéficier, les propriétaires disposeront à compter du 4e trimestre 2025 d’un outil officiel en ligne, accessible via la plateforme dédiée de l’Ademe. Il suffira d’y renseigner le numéro de DPE existant, pour obtenir une nouvelle attestation intégrant le classement révisé. Cette attestation sera juridiquement opposable, au même titre qu’un DPE initial, et permettra de justifier du nouveau statut réglementaire du logement, notamment pour la location.

Impact sur le marché immobilier locatif

La réforme vise à corriger une inégalité structurelle dans la méthode d’évaluation, qui défavorisait une énergie bas carbone comme l’électricité au profit du gaz ou du fioul, plus carbonés mais mieux notés du fait du facteur de conversion plus favorable.

Les effets immédiats sont les suivants :

  • De nombreux logements reclassés échappent aux échéances d’interdiction de location prévues par la loi Climat et Résilience (G+ depuis 2024, G en 2025, F en 2028, E en 2034) ;
  • Cela représente un sursis réglementaire sans dépense pour les propriétaires concernés ;
  • Le signal envoyé reste conforme aux objectifs de la SNBC, qui prévoit un renforcement progressif de l’électrification des usages et une baisse des émissions de GES dans le résidentiel.

L’État précise toutefois que les aides à la rénovation énergétique (MaPrimeRénov’, CEE) continueront d’être orientées vers les logements à faible performance thermique réelle, et que la réforme ne remet pas en cause l’obligation d’audit énergétique pour les passoires thermiques en mono-propriété lors d’une vente.

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