McPhy sauvé de justesse par le Belge John Cockerill, 51 emplois sauvés

Une méga-usine flambant neuve, des millions d’euros d’aides publiques, et une liquidation judiciaire un an à peine après son inauguration. L’histoire aurait pu virer au désastre complet. Mais un groupe belge est intervenu. Et relance la machine.

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McPhy sauvé de justesse par le Belge John Cockerill, 51 emplois sauvés © L'EnerGeek

51 salariés sur 71, un projet industriel à 65 millions d’euros et un nouveau produit prometteur : à Belfort, John Cockerill reprend les rênes là où McPhy a échoué.

Une reprise sur le fil pour McPhy à Belfort

Après des mois d’incertitude, c’est finalement John Cockerill Hydrogen, la filiale hydrogène du groupe belge John Cockerill, qui reprend le site belfortain de McPhy, spécialisé dans la fabrication d’électrolyseurs pour l’hydrogène vert. L’offre a été validée par le tribunal de commerce de Belfort, mettant fin à une procédure de liquidation judiciaire enclenchée en mai 2025. Selon l’AFP, le montant de la cession s’élève à 600 000 euros.
Parmi les trois repreneurs potentiels, seuls les Belges proposaient une relance industrielle significative. Atawey, une jeune société savoyarde, n’aurait conservé que deux salariés. Quant à Hynamics, filiale bas carbone du groupe EDF, elle ne visait que les équipements. Le choix s’est donc porté sur l’acteur proposant un projet concret : assembler un nouveau type de stack (cœur des électrolyseurs), baptisé MoJo, à partir du savoir-faire combiné des deux entités.

La gigafactory de Fontaine, sur l’aéroparc belfortain, n’aura fonctionné que sur le papier. Inaugurée en juin 2024, elle n’a jamais produit à grande échelle, faute de commandes. Selon le jugement consulté par l’AFP, 51 salariés sur les 71 en poste seront maintenus, soit 70 % des effectifs. La majorité reste basée à Belfort. La reprise est devenue effective le 8 juillet 2025 à minuit.
L’ambition affichée est de relancer la production à travers un projet industriel évalué à 65 millions d’euros, adossé au développement du stack MoJo, censé combiner les atouts technologiques de John Cockerill et McPhy. Le groupe belge dispose déjà d’une unité d’assemblage à Aspach, dans le Haut-Rhin, et ambitionne de créer un “champion mondial de l’hydrogène”.

Des aides publiques toujours en jeu

Ce projet pourrait s’appuyer sur une partie des 114 millions d’euros d’aides publiques initialement octroyées à McPhy. Selon les documents consultés, 29 millions d’euros avaient déjà été versés dans le cadre d’un Projet important d’intérêt européen commun (PIIEC). D’autres subventions, comme celle du Fonds Maugis, alimenté par General Electric, avaient été attribuées à McPhy à l’époque pour compenser l’échec de la promesse de création de 1 000 emplois à Belfort lors de la reprise d’Alstom en 2015.
Reste à savoir quelle part de ces aides sera mobilisée pour le nouveau projet, et si les engagements associés seront renégociés. Le précédent patron de McPhy, Jean-Baptiste Lucas, avait quitté ses fonctions en avril. Le 8 juillet 2025, jour de la reprise, Luc Poyer, président du conseil d’administration, a également démissionné.

À l’origine, McPhy devait incarner la vitrine française de la réindustrialisation verte. Grâce à la stratégie France 2030, l’État misait sur l’hydrogène décarboné pour alimenter l’industrie lourde. Mais en pratique, la demande n’a jamais décollé. Produire de l’hydrogène vert par électrolyse de l’eau reste deux à trois fois plus coûteux que l’extraction à partir du gaz naturel. Un obstacle de taille pour les clients potentiels.
Le ministre de l’Industrie Marc Ferracci s’est félicité de cette reprise, évoquant sur ses réseaux sociaux une “bonne nouvelle pour l’émergence de cette filière importante pour la décarbonation de l’industrie”. La présidente de la région Bourgogne-Franche-Comté, Marie-Guite Dufay, a souligné « qu’il y a un sujet de souveraineté à rechercher au plan européen concernant l’hydrogène »

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