Le 19 juin 2025, la junte militaire au pouvoir à Niamey a pris une décision radicale : la nationalisation complète de la Société des mines de l’Aïr (Somaïr). Cette entité, détenue jusqu’ici à 63,4 % par le français Orano et à 36,6 % par l’État nigérien (via Sopamin), assurait la majorité de la production d’uranium du pays sahélien.
Une rupture stratégique à Arlit entre la France et le Niger
Implantée à Arlit depuis 1971, Somaïr était un rouage essentiel du dispositif d’Orano, notamment pour alimenter la chaîne d’approvisionnement du nucléaire civil français. Orano y a extrait des milliers de tonnes d’uranate de sodium au fil des décennies.
Mais dans un communiqué du 19 juin, repris par la presse nationale, le gouvernement nigérien a dénoncé une série de fautes graves : « actes illégaux », « blocage volontaire d’activité », « sabotage des infrastructures ». La RTN a déclaré : « L’État du Niger décide en toute souveraineté de nationaliser la Somaïr ».
Nationalisation de Somaïr : Conséquences industrielles immédiates pour Orano
Orano perd ainsi tout levier opérationnel au Niger, après avoir déjà abandonné les sites d’Imouraren et de Cominak. Somaïr était le dernier actif nigérien encore en activité pour le groupe français. Selon Zone Bourse, Orano conteste cette décision et affirme avoir demandé un arbitrage international. Le groupe n’exclut pas une indemnisation. Mais les faits sont là : à Arlit, la production est désormais sous contrôle exclusif de l’État nigérien, sans aucune interface avec Orano. Ce changement rebat les cartes d’un marché déjà instable.
Importations françaises d’uranium : où en est la dépendance ?
La France tire environ 70 % de son électricité du nucléaire, ce qui fait d’elle l’un des pays les plus dépendants de l’uranium. Pourtant, elle ne produit pas un seul gramme d’uranium sur son territoire. Son approvisionnement repose donc intégralement sur des importations.
Avant la rupture avec le Niger, les données officielles (rapport 2022 de l’ASN) estimaient que :
- Le Niger assurait entre 15 et 17 % des importations d’uranium vers la France.
- Le Kazakhstan et l’Ouzbékistan en fournissaient ensemble près de 50 %.
- Le Canada, via Cameco, en représentait environ 20 %.
Orano opère dans plusieurs de ces pays. Mais la perte du Niger force à un recalibrage logistique. Il ne s’agit pas seulement de changer de fournisseur, mais de réorganiser la chaîne de conversion, d’enrichissement et de transport.
D’autant plus que le minerai nigérien, issu d’une filière maîtrisée depuis des décennies, disposait de circuits bien établis. Ce n’est pas toujours le cas ailleurs, où les risques géopolitiques et logistiques pèsent davantage.
Diversification : réaliste ou risquée ?
Le gouvernement français et Orano n’ont pas encore officialisé de plan B clair. Plusieurs pistes sont cependant possibles :
- Renforcement des volumes kazakhs, via l’alliance avec Kazatomprom.
- Accélération des projets canadiens, notamment dans la région de Cigar Lake.
- Partenariat avec la Mongolie, où Orano explore depuis plusieurs années.
- Stockage stratégique accru, via le recours à l’Agence nationale pour la gestion des matières radioactives (ANDRA).
Mais dans tous les cas, la perte du Niger impose une recomposition. En 2024, Orano assurait encore plus de 3 000 tonnes d’uranium métal via Somaïr, soit l’équivalent de 20 % de la consommation française annuelle.
Le signal politique envoyé par Niamey
Au-delà des impacts industriels, cette nationalisation est hautement symbolique. Le Niger tourne résolument le dos à un partenariat de plus de cinquante ans avec la France dans le secteur minier. La décision nigérienne reflète une volonté politique de souveraineté énergétique, mais aussi une logique de rupture avec Paris, dans un contexte de dégradation générale des relations diplomatiques.
La nationalisation de la Somaïr représente un changement structurel majeur pour la stratégie énergétique française. Orano, privé de son ancrage nigérien, doit réorganiser en profondeur ses approvisionnements.





