Les batteries sont omniprésentes dans nos vies numériques et électromobiles. Pourtant, leur usage reste largement défaillant, entre erreurs de recharge, dispositifs non certifiés et recyclage négligé. Un angle mort de la transition énergétique qui inquiète jusqu’aux spécialistes.
Chaque foyer abrite en moyenne 19 batteries lithium-ion. Un chiffre qui pourrait sembler anodin. Il ne l’est pas. Car ces dispositifs, mal utilisés, représentent une menace à la fois pour la sécurité des individus et pour la cohérence d’un modèle énergétique plus durable.
Batterie : un usage à risque pour 84 % des Français
D’après l’étude d’Assurance Prévention, menée les 16 et 17 avril 2025, 84 % des Français adoptent des comportements inadaptés avec leurs batteries. Le tableau est préoccupant : 83 % utilisent leurs appareils pendant la charge, 88 % les laissent descendre sous les 20 % de batterie, près de la moitié les laissent branchés en leur absence, et 22 % utilisent des chargeurs non homologués.
Cette utilisation défaillante provoque des incidents dans 10,7 % des cas selon l’étude, dont 21 % déclenchent un incendie, 12 % causent des blessures et 8 % nécessitent une hospitalisation. Des chiffres inquiétants, qui révèlent une vulnérabilité structurelle dans l’un des piliers de notre modernité énergétique.
La généralisation des objets électroniques connectés transforme nos intérieurs en véritables stocks d’énergie mobile. Chaque foyer compte en moyenne 19 appareils à batterie lithium-ion, un chiffre qui monte à 26 chez les 15-17 ans. Ces accumulateurs, conçus pour la miniaturisation et la performance, ont une densité énergétique élevée, mais restent extrêmement sensibles aux conditions d’usage.
Températures extrêmes, chocs mécaniques, chargeurs non conformes, ou charge prolongée sans surveillance : autant de facteurs qui favorisent un emballement thermique. En juin 2025, un incendie à Reims causé par une trottinette électrique a provoqué la mort de quatre personnes. La batterie en était l’origine présumée.
14 % des Français jettent encore leurs batteries au tri ménager ou aux ordures classiques
Les Français ne sont pas ignorants : 89 % savent qu’une batterie peut exploser, 97 % identifient la chaleur comme un risque, et 91 % reconnaissent que les chocs abîment les cellules. Mais cette conscience ne se traduit pas en actes. 14 % jettent encore leurs batteries au tri ménager ou aux ordures classiques, au lieu de recourir aux points de collecte agréés.
Cette incohérence comportementale fragilise les chaînes de recyclage et alourdit le coût de la gestion des déchets dangereux. Elle renforce aussi les risques pour les personnels des centres de tri, confrontés à des déchets instables pouvant exploser lors de la compression.
L’inaction face à ces mauvaises pratiques pose une double menace. D’un côté, l’accélération de l’électrification des usages, poussée par la croissance du marché des vélos, trottinettes et smartphones, exige une maîtrise collective de la sécurité énergétique. De l’autre, la prolifération de chargeurs non normés, souvent importés hors d’Europe, échappe aux régulations, affaiblit la souveraineté industrielle et accroît le risque domestique.
Assurance Prévention recommande des gestes simples : recharger sous surveillance, utiliser uniquement le chargeur d’origine, ne jamais manipuler une batterie endommagée ou mouillée, et toujours déposer les batteries usagées dans des filières agréées. Des pratiques de base, mais qui peinent encore à s’imposer malgré les campagnes publiques.





