Sommet de Nice : un traité pour l’océan mais des résultats en demi-teinte

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Sommet de Nice : un traité pour l’océan mais des résultats en demi-teinte
Sommet de Nice : un traité pour l’océan mais des résultats en demi-teinte © L'EnerGeek

Il aura fallu cinq jours de débats feutrés, une cinquantaine de chefs d’État et des centaines de déclarations pour que l’ONU valide enfin une étape-clé, la ratification du traité BBNJ (Biodiversity Beyond National Jurisdiction) par 50 pays. Ce texte, censé encadrer la protection de la haute mer, cette vaste étendue au-delà des 200 milles nautiques des côtes (370 kilomètres), a été salué comme une victoire symbolique.

Rebecca Hubbard, représentante de la High Seas Alliance, citée par BFMTV, ne cache pas son enthousiasme : « Un progrès incroyable ». Mais sa lucidité perce : « Nous devons garder le pied sur l’accélérateur ». Un avertissement limpide, puisque l’entrée en vigueur du traité est conditionnée à la 60ᵉ ratification, toujours absente à la clôture de Nice, malgré les efforts affichés par Emmanuel Macron.

Moratoire sur l’exploitation minière : un front divisé

La France, hôte du sommet, n’a pas ménagé sa posture. Dès l’ouverture, le président Macron dénonce les projets de forage de nodules polymétalliques comme une « folie » et une « action économique prédatrice ». Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, va plus loin, parlant de « nouveau Far West ». Mais derrière cette rhétorique musclée, les chiffres refroidissent : seulement 37 pays sur 169 membres de l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM) soutiennent le moratoire. Un progrès léger, partant de 32 en 2023, mais insuffisant pour inverser la tendance.

Bonne nouvelle, le seuil des 10 % de surfaces marines protégées mondiales pourrait être atteint. Un progrès par rapport aux 8,34 % précédents. Plusieurs États insulaires (Samoa, Vanuatu, Polynésie) ont élargi ou créé de nouvelles aires interdites au chalutage de fond. Et la France ? À peine 4 % de ses eaux hexagonales concernées par une restriction du chalutage. Une annonce jugée « décevante » par les ONG comme Greenpeace ou la Fondation Tara Océan. Romain Troublé, directeur de cette dernière, nuance : « Il y a eu une mobilisation démente », mais il reste du chemin.

Énergies fossiles : l’oubli coupable

Voici le tabou du sommet. Ni gaz, ni pétrole, ni charbon ne sont mentionnés dans le texte final adopté à Nice. Pourtant, ces énergies fossiles sont identifiées par tous les experts comme la cause majeure de la dégradation des écosystèmes océaniques.

Ralph Regenvanu, ministre de l’Environnement du Vanuatu, fustige cette omission : « C’est la principale cause de la détérioration des océans, et nous n’en parlons pas assez, c’est regrettable ». Le sommet se contente d’un constat vague sur « les effets néfastes du changement climatique », sans y associer ses causes structurelles.

Financements, le vide abyssal

C’était le nerf de la guerre. Avant l’ouverture, le Costa Rica avançait le chiffre de 100 milliards de dollars. Un ballon d’essai ? Sans doute. Aucun engagement formel n’a été acté. Selon un rapport du Forum économique mondial de 2022, 175 milliards de dollars par an (soit 153 milliards d’euros) seraient nécessaires d’ici à 2030 pour respecter les objectifs de développement durable liés à l’océan.

Le sommet s’est achevé sur l’annonce d’une échéance, le 1ᵉʳ janvier 2026, le traité entrera en vigueur, si la 60ᵉ ratification est bien déposée d’ici septembre 2025. À ce jour, 56 ratifications ont été confirmées, et 14 autres sont en cours selon les ONG et sources gouvernementales. Une COP dédiée à la haute mer est évoquée pour l’automne 2026.

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