Un rapport d’enquête parlementaire vient de sortir et demande à la France de présenter ses excuses à la Polynésie française pour les suites des essais nucléaires menés sur le territoire. Réalisés entre 1966 et 1996, ces tests ont eu des conséquences sur la santé et l’environnement, soulevant des questions sur la responsabilité de l’État français vis-à-vis de cette collectivité d’outre-mer.
Un rapport parlementaire qui fait débat
Le 17 juin, un rapport d’enquête parlementaire a été rendu public, appelant à ce que la France engage une démarche officielle de pardon. D’après Didier Le Gac, président de la commission et député du Finistère, et Mereana Reid-Arbelot, rapporteuse polynésienne, cette demande devrait être intégrée dans la loi organique de 2004 qui définit le statut d’autonomie de la Polynésie française. L’idée est d’ouvrir une voie sincère vers la réconciliation entre l’État français et la Polynésie.
La commission propose aussi de mettre sur pied une commission d’historiens et de chercheurs pour examiner les archives sur ces expérimentations nucléaires.
Les essais nucléaires : un lourd legs
En Polynésie française, la France a réalisé 193 essais nucléaires sous l’égide du Centre d’expérimentation du Pacifique (CEP). Ces tests ont permis à la France de développer son arsenal nucléaire, avec certaines bombes atteignant une puissance 120 fois supérieure à celle larguée sur Hiroshima. Avant ces essais, 17 tests avaient déjà été effectués en Algérie entre 1960 et 1966.
Ces opérations ont laissé des séquelles sur l’environnement et la santé publique. Les mesures de radioprotection n’ont pas toujours été à la hauteur. La Caisse de Prévoyance Sociale évalue le coût des pathologies radio-induites à plus d’un milliard d’euros.
Conséquences sanitaires et environnementales
Les essais nucléaires ont conduit à une reconnaissance tardive des maladies liées aux radiations par les autorités françaises. Même si certaines actions ont permis de remédier aux pollutions causées par le CEP, les effets sur la biodiversité et le milieu continuent de se faire sentir. Selon le rapport, « la biodiversité a été bouleversée », et certains dégâts se feront sentir sur le long terme.
Dans le domaine de l’indemnisation, seuls 40 % des dossiers déposés aboutissent à une réparation. En 2023, parmi 564 nouvelles demandes, seules 151 victimes ont été indemnisées pour un montant avoisinant les 12,2 millions d’euros. Ces chiffres illustrent les difficultés rencontrées par les habitants pour démontrer leur exposition aux radiations.
Pour mieux indemniser
Le rapport propose différentes mesures pour améliorer l’indemnisation des victimes. Il suggère notamment de lever l’exigence du seuil du millisievert, critiqué par le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) pour son manque de fondement scientifique. En plus, il est recommandé d’étendre la liste des maladies radio-induites reconnues, passant de 23 à 36, avec l’ajout d’affections cardiovasculaires comme les AVC.
Depuis 2010, pour être indemnisé, trois critères doivent être remplis : avoir séjourné en Polynésie entre 1966 et 1996, avoir développé l’un des cancers radio-induits reconnus, et avoir été exposé à au moins un millisievert.
Réactions et perspectives
La sortie du rapport a été chaleureusement accueillie par des organisations telles que la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (Ican) et l’Observatoire des armements. Ces groupes demandent que les recommandations soient rapidement mises en œuvre pour réparer les torts causés aux populations affectées.







En français on dit : « s’excuser auprès de la Polynésie.. »