Depuis des années, elle était pointée du doigt comme le premier pollueur mondial. Et voilà qu’elle change de braquet. Moins de CO2, plus de renouvelables : la Chine semble entamer un vrai virage énergétique.
Le charbon baisse, mais pas la consommation. Le solaire explose, et la croissance suit. Et si la Chine n’en faisait pas qu’un effort climatique, mais un choix stratégique ?C
Chine : un recul des émissions, pour de bon ?
C’est la première fois que ça arrive sans crise en arrière-plan. Moins 1,6 % d’émissions de CO2 au premier trimestre 2025, selon le Centre de recherche sur l’énergie et l’air pur (Crea). Et une baisse de 1 % sur les douze derniers mois. Pas énorme en soi, mais inédit dans les conditions actuelles : la consommation électrique a grimpé de 2,5 % sur la même période. Autrement dit, la Chine a pollué moins en consommant plus. Pas de Covid, pas de ralentissement, pas de miracle statistique.
Si les émissions liées à la production électrique ont baissé de 5,8 %, c’est parce qu’une partie du charbon a été remplacée. Pas parce qu’il a disparu. La Chine continue d’en ouvrir : 94,5 gigawatts de nouvelles centrales lancées en 2024, soit 93 % du total mondial, d’après le CREA et Global Energy Monitor. Mais ce volume, pour la première fois, est contrebalancé par un flot massif d’investissements dans le renouvelable.
Une transition par le haut
Rien qu’en 2024, Pékin a ajouté 277 GW de solaire et 80 GW d’éolien. Résultat : l’objectif de 1 200 GW de capacités renouvelables fixé pour 2030 est déjà atteint. La production nucléaire suit la même logique : 56 réacteurs en fonctionnement, 46 nouveaux approuvés, pour faire de la Chine le premier parc mondial d’ici à 2030.
L’énergie propre est en train de devenir une infrastructure industrielle majeure, comme l’était l’immobilier dans les années 2010. En 2024, les technologies vertes ont représenté 10 % du PIB, selon le CREA, et 26 % de la croissance économique.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 1 695 milliards d’euros investis dans les énergies propres en 2024. Plus que dans l’immobilier ou l’agriculture. Et cette dynamique s’accélère : les grands projets en cours doivent être bouclés avant la fin du XIVe plan quinquennal, fin 2025. Un plan qui fait des renouvelables une priorité nationale, à la fois économique, énergétique et stratégique.
Mais le virage reste fragile. La Chine brûle encore un tiers du charbon mondial. Et une politique de relance industrielle massive pourrait tout remettre en cause. « Les émissions pourraient repartir à la hausse sous l’effet de mesures prises pour stimuler la production domestique », avertit Lauri Myllyvirta, analyste du CREA.
Le président Xi Jinping, lors du sommet climat de l’ONU fin avril 2025, a tenté de rassurer : « Quelle que soit l’évolution de la situation internationale, les efforts de la Chine pour lutter contre le changement climatique ne ralentiront pas ». Il a promis de dévoiler les objectifs climatiques du pays pour 2035 avant la COP30, prévue en novembre à Belém, au Brésil.





