Hérault : 31 éoliennes EDF suspendues pour atteinte à des espèces protégées

Le parc éolien concerné est réparti sur les communes d’Aumelas, Poussan, Montbazin et Villeveyrac, au sein d’un site classé Natura 2000.

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Le projet de 63 éoliennes d’EDF annulé
Hérault : 31 éoliennes EDF suspendues pour atteinte à des espèces protégées © L'EnerGeek

Le 7 avril 2025, le tribunal judiciaire de Montpellier a ordonné la suspension pour quatre mois du fonctionnement de 31 éoliennes exploitées par EDF Renouvelables et neuf de ses filiales sur le causse d’Aumelas, dans le département de l’Hérault. Ce jugement fait suite à une action intentée par l’association France Nature Environnement Occitanie Méditerranée (FNE OcMed), dénonçant la surmortalité aviaire provoquée par les infrastructures.

Des condamnations pour destruction d’espèces protégées

La juridiction a reconnu les dix entités exploitantes coupables de destruction de 160 individus d’espèces protégées, incluant notamment le faucon crécerellette, espèce migratrice classée vulnérable, le busard cendré, et plusieurs espèces de chauves-souris.

Les condamnations financières s’élèvent à :

  • 500 000 euros d’amende par société, dont 250 000 euros avec sursis ;
  • 114 000 euros de dommages et intérêts à FNE OcMed, et autant à sa structure nationale ;
  • 74 087 euros au titre du préjudice écologique, à destination du plan national de sauvegarde du faucon crécerellette.

L’ancien PDG d’EDF Renouvelables, Bruno Bensasson, a également été condamné à six mois de prison avec sursis et 100 000 euros d’amende, dont 30 000 avec sursis.

Éolien : les spécificités du parc d’Aumelas

Le parc concerné est réparti sur les communes d’Aumelas, Poussan, Montbazin et Villeveyrac, au sein d’un site classé Natura 2000. Il regroupe 31 éoliennes installées entre 2011 et 2012, antérieurement à la réforme imposant une autorisation environnementale obligatoire.

Ces infrastructures ont été régulièrement équipées de dispositifs d’effarouchement et de systèmes de détection automatisés, selon EDF Renouvelables. Toutefois, selon les conclusions de l’instruction, ces mesures n’ont pas permis de réduire significativement les collisions, en particulier durant la période de nidification printanière des faucons.

EDF fait appel, FNE se réjouit

Dans un communiqué, EDF Renouvelables a indiqué avoir pris acte de la décision et fait appel. L’entreprise rappelle avoir investi dans des solutions de réduction d’impact et conteste le lien de causalité direct entre ses installations et la totalité des mortalités relevées.

De son côté, France Nature Environnement salue un « signal fort » envoyé par la justice. Simon Popy, président de FNE OcMed, a déclaré : « Avec ces éoliennes à l’arrêt, il n’y aura pas de nouvelle mortalité cette année, puisque les faucons crécerellettes arrivent en avril d’Afrique pour la nidification et repartent à la fin de l’été ».

La filière éolienne française en chiffres

Selon les données du ministère de la Transition énergétique, la puissance installée de l’éolien terrestre en France métropolitaine atteignait 22,1 GW fin 2024, soit environ 9 % de la production électrique nationale annuelle.

Le plan pluriannuel de l’énergie (PPE) prévoit une montée en puissance de l’éolien terrestre à 33 à 35 GW à l’horizon 2030, malgré les ralentissements dus aux recours administratifs et aux contentieux environnementaux. Le parc d’Aumelas représentait à lui seul une capacité de 62 MW, avec une production annuelle estimée à près de 130 GWh, soit l’équivalent de la consommation électrique annuelle de près de 30 000 foyers (hors chauffage).

Un enjeu croisé entre biodiversité et production décarbonée

L’affaire d’Aumelas illustre les tensions croissantes entre objectifs de transition énergétique et exigences de protection de la biodiversité. Si l’implantation d’éoliennes dans des zones sensibles présente des risques pour certaines espèces, leur encadrement repose sur un arsenal réglementaire complexe, incluant la directive oiseaux, le code de l’environnement, et les mesures locales d’accompagnement.

Dans ce dossier, le tribunal a retenu l’absence de dérogation formelle demandée par l’opérateur. EDF estime que seul le préfet est habilité à exiger cette procédure. L’entreprise avait toutefois été alertée à plusieurs reprises, selon la décision judiciaire, sur les impacts recensés.

Période d’arrêt et impact sur la production d’électricité

L’arrêt de l’activité des 31 éoliennes est effectif depuis le 7 avril 2025 et court jusqu’à la fin du mois d’août. Cette période correspond précisément à la saison de reproduction du faucon crécerellette, espèce protégée présente principalement en région Occitanie et en Provence.

Sur le plan national, cette interruption représente une baisse marginale de la production renouvelable. Néanmoins, elle pourrait créer un précédent juridique, en imposant aux exploitants des exigences accrues en matière de préservation de la faune.

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