Nucléaire : EDF sommée de s’expliquer sur la qualité du béton à Penly

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Nucléaire : EDF sommée de s’expliquer sur la qualité du béton à Penly | L'EnerGeek

La construction des réacteurs nucléaires EPR2 à Penly (Seine-Maritime) n’a pas encore véritablement commencé que des questions émergent déjà sur la qualité des matériaux utilisés. L’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) a demandé à EDF de justifier la composition du béton destiné à une future digue protégeant la centrale. Une alerte qui ravive les craintes liées aux retards et aux malfaçons, dans un projet déjà scruté de près.

Un premier signal d’alarme sur la composition du béton

Sur le chantier de Penly, une extension de la plateforme en mer est en cours afin de préparer l’accueil des deux futurs réacteurs EPR2. Cette extension repose sur la construction d’une digue composée de 15 000 blocs cubiques en béton. Or, l’ASNR a relevé une anomalie : le béton utilisé contient moins de silex que prévu. Un détail technique qui n’est pas anodin.
Les silex présents dans le béton jouent un rôle clé dans sa résistance et sa durabilité. EDF a assuré que cette différence de composition n’affecte pas la solidité du béton en cours de fabrication. Pourtant, l’ASNR veut en savoir plus : l’électricien doit expliquer comment il compte gérer ces variations pour garantir la pérennité des infrastructures. L’enjeu est de taille puisque les EPR2 sont censés fonctionner pendant au moins soixante ans.

Cette demande de justification rappelle les multiples déboires du chantier de l’EPR de Flamanville. Ce dernier a accumulé douze ans de retard, notamment à cause de malfaçons sur le béton du bâtiment réacteur. EDF affirme cette fois avoir renforcé ses contrôles et travailler en collaboration étroite avec ses sous-traitants. Mais la vigilance de l’ASNR montre que le moindre écart suscite désormais l’attention.
Le béton utilisé pour la digue n’appartient certes pas aux éléments de sûreté du réacteur. Cependant, il demeure un élément stratégique de la protection du site, exposé aux assauts de la mer et aux risques d’érosion. 

Nucléaire : un projet ambitieux qui doit éviter les erreurs du passé

Au-delà des aspects techniques, ce couac sur le béton intervient alors que le programme des EPR2 doit encore franchir plusieurs étapes clés. L’État et EDF doivent décider en 2026 du financement du projet, estimé entre 70 et 80 milliards d’euros pour l’ensemble des six réacteurs prévus. 
D’un côté, EDF tente de rassurer en mettant en avant ses contrôles de qualité. De l’autre, les critiques persistent, notamment du côté des organisations écologistes qui dénoncent un manque de rigueur dans la gestion du chantier. Greenpeace, par exemple, a qualifié le projet de « château de sable« , mettant en doute la fiabilité du béton utilisé.

Le développement du nucléaire en France repose en grande partie sur la réussite du programme EPR2. Le gouvernement mise sur ces réacteurs pour renforcer l’indépendance énergétique du pays et assurer une production d’électricité bas-carbone. Mais pour que ce pari réussisse, EDF doit démontrer qu’elle maîtrise chaque détail du chantier, du choix des matériaux jusqu’à la mise en service des installations.
L’alerte de l’ASNR sur la qualité du béton à Penly est un rappel que la sûreté nucléaire ne tolère aucune approximation. Alors que les travaux doivent s’accélérer dans les prochaines années, EDF devra prouver sa capacité à respecter les exigences techniques, financières et réglementaires. Un premier test avant même que le béton du réacteur ne soit coulé.

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