Eolien en mer : la France veut privilégier l’Europe à la Chine

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Le ministre de l’Industrie et de l’Énergie, Marc Ferracci, a annoncé, le 17 février 2025, une nouvelle préférence européenne pour les futurs appels d’offres liés aux parcs éoliens en mer. L’objectif est de structurer une industrie forte et compétitive sur le sol européen, réduire la dépendance aux importations asiatiques et accélérer la transition énergétique.

Dans le port du Havre, symbole industriel et stratégique pour les énergies marines renouvelables, Marc Ferracci a dévoilé une mesure clé qui pourrait transformer le paysage énergétique français : les appels d’offres pour les futurs parcs éoliens en mer intégreront des critères de résilience favorisant les industriels européens. Cette initiative répond à deux défis majeurs : garantir l’indépendance énergétique de la France et stimuler un secteur industriel européen fragilisé par la concurrence asiatique. Avec un objectif de 45 GW de capacités installées d’ici 2050, le gouvernement veut accélérer le développement des infrastructures éoliennes offshore et renforcer la filière nationale.

Un choix stratégique face à la domination chinoise

Depuis plusieurs années, les fabricants chinois ont capté une part croissante du marché mondial de l’éolien offshore grâce à une capacité de production massive, des coûts plus faibles et un soutien étatique conséquent. Aujourd’hui, près de 60 % des turbines installées dans le monde proviennent de Chine, rendant l’Europe fortement dépendante des importations asiatiques. Cette situation met en péril l’industrie européenne, et les acteurs majeurs comme Siemens Gamesa et Vestas peinent à rivaliser face à cette concurrence.

L’objectif affiché par Marc Ferracci est de renforcer une industrie européenne compétitive et capable de répondre à la demande croissante sans dépendre d’acteurs étrangers. L’Europe possède pourtant un savoir-faire technologique avancé et un potentiel éolien offshore considérable. Pour exploiter ces atouts, la France entend structurer sa filière en s’appuyant sur des champions nationaux et européens.

Une industrie éolienne en transformation : le cas Siemens Gamesa au Havre

L’annonce du ministre de l’Industrie ne s’est pas faite au hasard. Le Havre abrite l’une des usines stratégiques de l’éolien offshore en France, exploitée par Siemens Gamesa. À cette occasion, Marc Ferracci a posé la première pierre de l’extension de cette usine, avec un investissement de 200 millions d’euros destiné à moderniser les infrastructures et accroître la production de pales de 115 mètres de long, parmi les plus grandes du monde.

Cette extension vise à renforcer l’approvisionnement national en composants critiques pour l’éolien en mer et à limiter la dépendance aux importations asiatiques. En parallèle, elle permettra la création de plusieurs centaines d’emplois industriels, consolidant ainsi un secteur en pleine expansion. L’usine du Havre pourrait devenir un véritable centre d’excellence européen, capable de produire des turbines compétitives sur le marché mondial. Cette initiative s’inscrit dans une logique plus large de structuration de la filière industrielle française, avec une volonté affirmée de faire de l’Hexagone un acteur majeur de l’éolien offshore.

Vers une politique industrielle et énergétique plus souveraine

La préférence européenne annoncée par le gouvernement repose sur une approche pragmatique. Les futurs appels d’offres pour l’éolien offshore intègreront des critères favorisant les acteurs européens, ce qui implique que les entreprises devront prouver que leurs turbines et composants sont conçus, assemblés et fabriqués en Europe pour bénéficier des marchés français.

En intégrant ces critères de résilience, le gouvernement cherche à garantir une production locale et à limiter l’exposition aux fluctuations géopolitiques. En réduisant la dépendance aux importations étrangères, la France espère mieux sécuriser son approvisionnement énergétique et préserver son autonomie industrielle. Cette orientation stratégique doit également stimuler la compétitivité des industriels français et européens, en leur offrant des débouchés garantis et en favorisant le développement d’un marché local dynamique.

Ce choix vise enfin à aligner les objectifs énergétiques et industriels du pays. Alors que la transition énergétique s’accélère, il devient important d’éviter que l’essor des énergies renouvelables ne profite uniquement à des acteurs étrangers. Avec un objectif de 45 GW installés d’ici 2050, soit environ 50 parcs éoliens offshore, la France affiche clairement son ambition de devenir un leader du secteur.

Les défis à surmonter pour concrétiser cette ambition

Le premier enjeu reste le financement. Produire des turbines en Europe coûte significativement plus cher qu’en Chine, notamment en raison des coûts de main-d’œuvre et des exigences environnementales plus strictes. Pour assurer la rentabilité des projets, l’État devra accompagner financièrement les industriels à travers des subventions, des crédits d’impôt ou des garanties d’investissement. Ce soutien public sera essentiel pour éviter que les industriels européens ne se retrouvent dans une impasse face à des offres chinoises nettement plus compétitives.

Le second défi concerne l’acceptabilité des projets. Bien que l’éolien offshore soit perçu comme une solution plus discrète que l’éolien terrestre, il suscite encore des résistances locales. Certains acteurs, notamment les pêcheurs et les défenseurs de la biodiversité marine, expriment des inquiétudes quant à l’impact environnemental des installations. De nombreuses associations réclament une concertation plus approfondie avant le déploiement de nouveaux parcs éoliens. Une approche transparente sera donc nécessaire pour éviter les conflits et garantir l’adhésion des populations locales.

Le contexte commercial international pourrait aussi compliquer la mise en œuvre de cette préférence européenne. Pékin pourrait réagir en instaurant des barrières commerciales ou des restrictions sur l’exportation de matériaux critiques, comme les terres rares, indispensables à la fabrication des turbines. Une réponse coordonnée de l’Union européenne sera alors nécessaire pour éviter une escalade et garantir la stabilité des chaînes d’approvisionnement.

Une opportunité unique pour l’éolien offshore français et européen

La politique énergétique française entre dans une nouvelle phase. En plaçant la souveraineté industrielle au cœur de la transition énergétique, le gouvernement fait un pari audacieux mais nécessaire. L’éolien offshore représente une opportunité économique majeure, permettant à la fois de réduire les émissions de CO₂, de créer des emplois qualifiés et de renforcer la sécurité énergétique du pays.

La France dispose d’un potentiel maritime exceptionnel pour le développement des parcs éoliens flottants et posés. Si cette dynamique est bien menée, elle pourrait permettre au pays de devenir un acteur incontournable sur la scène internationale de l’énergie offshore.

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