L’expérimentation de la consigne en verre déçoit selon Zero Waste France
Un an après le lancement du dispositif « ReUse » dans quatre régions du nord-ouest, l’ONG Zero Waste France livre un constat sévère. L’expérimentation du retour de la consigne en verre, initiée le 12 juin 2025 en Bretagne, Normandie, Hauts-de-France et Pays de la Loire, peine à convaincre par son ampleur et ses résultats.
Selon France Info, 350 supermarchés participent actuellement au programme, un chiffre qui contraste avec les prévisions initiales. Jean Hornain, directeur général de Citeo, espérait pourtant atteindre 750 magasins participants avant la fin 2025.
Des tarifs qui découragent les consommateurs
Marine Bonavita, chargée de plaidoyer à Zero Waste France, pointe une contradiction fondamentale : « Le projet ne respecte pas l’ambition de base qui était de rendre compétitif le réemploi par rapport à l’usage unique ». L’analyse révèle que les produits en emballages verre réutilisables demeurent plus chers que leurs équivalents jetables, même après déduction de la consigne de 10 ou 20 centimes.
L’écart peut tripler le coût d’achat par rapport à un produit classique, créant un frein économique majeur pour les consommateurs désireux d’adopter des pratiques plus respectueuses de l’environnement. Ouest-France confirme que la démocratisation du réemploi par la compétitivité tarifaire reste un objectif non atteint.
Une offre squelettique dans les rayons
La pauvreté de l’assortiment constitue un second écueil majeur. Zero Waste France décompte seulement neuf références réemployables en moyenne par magasin participant, loin des dizaines de produits initialement envisagées par Citeo. Le choix limité entrave la capacité des consommateurs à modifier durablement leurs habitudes d’achat.
L’information défaillante aggrave la situation. Les machines de déconsignation peinent à être repérées dans les grandes surfaces, tandis que la communication autour du dispositif reste largement insuffisante pour sensibiliser la clientèle aux enjeux du réemploi.
La France distancée par ses propres objectifs
L’Hexagone accuse un retard considérable dans le domaine du réemploi des emballages. Moins de 2 % des contenants sont actuellement réemployés selon le réseau Vrac et réemploi, alors que la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (Agec) vise 10 % d’emballages réemployés d’ici 2027.
L’expérimentation « ReUse » devait jeter les bases d’un déploiement national de la consigne en verre dès 2027. Les résultats actuels remettent en question la faisabilité de ce calendrier, comme le souligne France 24.
Les distributeurs reconnaissent leurs limites
Bertrand Swiderski, directeur RSE du groupe Carrefour, admet les difficultés rencontrées : « On n’est pas encore en vitesse de croisière, on a encore des choses à apprendre ». L’enseigne ne mobilise que 8,3 % de ses magasins dans l’opération ReUse, préférant diversifier ses approches avec huit expérimentations différentes déployées sur près de 20 % de son réseau national.
Citeo refuse pour l’instant de commenter les résultats, promettant un bilan consolidé sur douze mois d’activité fin juin. Prudence compréhensible pour l’éco-organisme porteur du projet, confronté aux critiques croissantes des associations environnementales.
L’avenir incertain du réemploi en France
Malgré un accueil favorable du public (neuf Français sur dix se déclarent favorables au retour de la consigne), les obstacles persistent. Les industriels et distributeurs devront impérativement réviser leur stratégie tarifaire, élargir significativement l’offre de produits en emballages réutilisables et améliorer la visibilité du dispositif dans les points de vente.
Sans correction rapide des dysfonctionnements identifiés par Zero Waste France, l’objectif de 10 % d’emballages réemployés d’ici 2027 risque de demeurer hors d’atteinte. L’enjeu dépasse la simple question environnementale : il s’agit de la crédibilité de la France dans sa transition vers une économie circulaire viable.






