Centrale nucléaire en Suisse : Beznau tire sa révérence après 64 ans de service

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Centrale nucléaire en Suisse : Beznau tire sa révérence après 64 ans de service
Centrale nucléaire en Suisse : Beznau tire sa révérence après 64 ans de service © L'EnerGeek


En 2033, la Suisse fermera définitivement la plus ancienne centrale nucléaire du monde encore en activité : Beznau 1, située dans le canton d’Argovie. Cette décision marque un tournant majeur dans l’histoire énergétique suisse, s’inscrivant dans la stratégie nationale de transition énergétique. Les raisons derrière cette fermeture, ses implications sur l’approvisionnement énergétique et les opinions divergentes qu’elle suscite méritent une analyse approfondie.

Une décision attendue mais controversée

Axpo, l’exploitant de la centrale de Beznau, a annoncé la mise hors service de Beznau 1 en 2033 et de Beznau 2 en 2032. Inaugurées respectivement en 1969 et 1971, ces centrales avaient dépassé de plusieurs décennies leur durée de vie initialement prévue, grâce à des investissements massifs dans leur maintenance et leur mise à jour. Cependant, leur exploitation n’est désormais plus économiquement viable : les adaptations nécessaires pour garantir leur conformité aux normes modernes de sécurité représenteraient un coût prohibitif.

Malgré cet argument économique, les réactions divergent. La Fondation Suisse de l’Énergie (SES) et les Verts libéraux saluent une décision jugée logique et nécessaire pour poursuivre la transition énergétique. À l’inverse, Greenpeace et Sortir du Nucléaire dénoncent un maintien prolongé qu’ils considèrent comme une mise en danger inutile de la sécurité publique.

Le défi de l’approvisionnement énergétique

La fermeture de Beznau pose un défi de taille à l’approvisionnement énergétique suisse, particulièrement en hiver, où la demande en électricité atteint son apogée. Avec une capacité de production annuelle de 6 térawattheures (TWh), Beznau contribue significativement à l’équilibre du réseau. Toutefois, la Suisse prévoit de compenser cette perte grâce à une accélération du développement des énergies renouvelables, notamment le solaire et l’hydraulique.

Un rapport de la SES estime que d’ici 2030, la production solaire pourrait remplacer non seulement Beznau, mais aussi d’autres centrales vieillissantes, y compris durant la saison hivernale. Cependant, le Club Suisse de l’Énergie met en garde contre un potentiel déficit de 3 TWh en hiver 2033-2034, soulignant les incertitudes liées à la production solaire durant cette période.

Les enjeux économiques et environnementaux

La décision de fermer Beznau met également en lumière la tension entre durabilité environnementale et réalités économiques. Si les 350 millions de francs suisses nécessaires pour maintenir la centrale opérationnelle jusqu’en 2033 suscitent des critiques, les défenseurs de l’énergie nucléaire estiment que son abandon pourrait entraîner une hausse des coûts énergétiques. Christian Wasserfallen, élu libéral-radical, affirme que dépendre davantage des importations, notamment depuis l’Allemagne ou la France, risque de renchérir le prix de l’électricité.

En parallèle, les partisans des énergies renouvelables appellent à une réorientation des investissements vers des infrastructures plus modernes et plus propres. Le président des Verts libéraux, Jürg Grossen, souligne que « grâce au solaire et à l’hydraulique, la Suisse n’a plus besoin de nouvelles centrales nucléaires ».

Une transition énergétique en marche

La fermeture de Beznau s’inscrit dans la stratégie énergétique 2050 de la Confédération, adoptée en réponse au référendum de 2017. Cette politique vise une réduction progressive de la part du nucléaire dans le mix énergétique national, au profit des énergies renouvelables. Depuis 2011, la Suisse a déjà fermé la centrale de Mühleberg et investi dans des projets hydrauliques et solaires ambitieux.

Source énergétiquePart dans le mix actuel (%)Objectif 2050 (%)
Nucléaire330
Solaire720
Hydraulique5765

Une fin controversée pour une pionnière

Alors que la centrale de Beznau s’apprête à éteindre ses turbines, elle laisse derrière elle un héritage controversé. Pour certains, elle incarne une prouesse technologique ayant assuré la sécurité énergétique de la Suisse pendant des décennies. Pour d’autres, elle symbolise une dépendance coûteuse et risquée à une technologie obsolète.

Dans un contexte d’urgence climatique et de bouleversements géopolitiques, la Suisse saura-t-elle garantir son indépendance énergétique sans le nucléaire ? La réponse résidera dans la capacité du pays à accélérer sa transition vers un modèle énergétique durable.

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