La concentration des centres de données dans les grands pôles européens pourrait compliquer leur alimentation électrique et la décarbonation d’autres activités industrielles. Dans un billet publié le 4 novembre 2026 sur le site de la Banque de France, Josef Nasr et Thaddée Toulouse défendent une tarification géographique de l’électricité pour mieux refléter les contraintes des réseaux. Leur texte, lauréat du concours 2026 du Bloc-notes Éco, relève de l’analyse et de la proposition, non d’une réforme adoptée.
Les nouveaux besoins électriques se concentrent dans les mêmes métropoles
Les auteurs estiment que la demande annuelle d’électricité des centres de données pourrait augmenter de 45 térawattheures en Europe d’ici 2030. Ils soulignent que Francfort, Londres, Amsterdam, Paris et Dublin concentrent environ les trois quarts des capacités de calcul européennes, alors même que certains raccordements y rencontrent des délais importants.
Leur recensement de 118 centres de données en construction dans les principaux pôles européens illustre la persistance de cette concentration. À Dublin, les centres de données représenteraient déjà 20 % de la consommation électrique nationale, selon les éléments mobilisés dans le billet. Ces ordres de grandeur éclairent la pression sur les infrastructures locales, mais ne décrivent pas une situation uniforme dans l’ensemble de l’Europe.
Un prix national qui masque les congestions locales
Le raisonnement économique avancé repose sur le décalage entre les prix de gros de l’électricité, souvent déterminés à l’échelle d’une zone nationale, et les capacités physiques de transport de l’énergie. Un prix identique sur une vaste zone peut masquer des différences considérables entre territoires bien pourvus en production renouvelable et métropoles où les réseaux sont saturés.
Les auteurs prennent l’exemple de l’Estrémadure, en Espagne : une production renouvelable abondante peut y être limitée faute de débouchés suffisants sur le réseau, tandis que des centrales fossiles restent sollicitées ailleurs. Ils évoquent aussi l’exemple suédois, où le territoire est divisé en quatre zones de prix depuis 2011.
La piste proposée consiste à faire davantage varier le signal-prix selon la localisation afin d’inciter les futurs centres de données à s’installer là où l’électricité et les raccordements sont disponibles. Pour ces installations, l’électricité peut représenter jusqu’à 60 % des dépenses de fonctionnement, d’après les auteurs. Le prix de l’énergie peut donc peser lourdement dans les arbitrages immobiliers et industriels.
Une proposition à distinguer des règles en vigueur
La régionalisation tarifaire examinée dans le billet n’est pas une décision de la Commission de régulation de l’énergie ni une nouvelle règle applicable aux consommateurs français. Elle soulève des questions de cohésion territoriale, de répartition des coûts et de protection des utilisateurs qui nécessiteraient des arbitrages publics.
Les auteurs estiment qu’une partie des traitements informatiques pourrait être implantée à distance des grands centres urbains. Ils évaluent à 54 % la part de la consommation des centres de données correspondant à des usages potentiellement relocalisables, à partir de projections sectorielles. Ils reconnaissent cependant que les contraintes de latence, de souveraineté numérique, d’accès à l’eau et d’acceptabilité locale limitent les possibilités de déplacement.
Le débat porte ainsi autant sur l’emplacement des futurs investissements que sur la production électrique supplémentaire. Les capacités de réseau, la disponibilité des ressources et la structure des tarifs seront déterminantes pour apprécier le coût réel de nouveaux projets.






