Le groupe britannique BP a annoncé vendredi 30 octobre 2026 un bénéfice trimestriel ajusté de 8,46 milliards de dollars, contre 2,21 milliards un an auparavant. Cette progression spectaculaire tient notamment à la hausse des marges de raffinage et aux performances du commerce de gaz. Elle contraste avec des dépréciations d’actifs de plus de 4 milliards de dollars, dont l’essentiel concerne les activités de transition énergétique.
Les résultats financiers officiels publiés par BP permettent de distinguer ces deux mouvements. Le bénéfice ajusté au coût de remplacement, indicateur suivi par les analystes pétroliers, n’est pas le bénéfice net comptable : celui attribuable aux actionnaires s’établit à 4,70 milliards de dollars pour le trimestre.
Le raffinage et le gaz portent les résultats de BP
Le bénéfice ajusté au coût de remplacement a presque quadruplé en un an. BP explique cette évolution par des marges de raffinage nettement plus élevées, de meilleurs prix de réalisation et de solides résultats dans le négoce de gaz. Le résultat ajusté de son activité « produits », qui comprend le raffinage, a progressé de 2,5 milliards de dollars par rapport au trimestre précédent.
Le contexte international a favorisé les raffineurs capables de maintenir leur activité alors que les approvisionnements en produits pétroliers restaient perturbés. Reuters relie cette rentabilité exceptionnelle aux tensions sur les marchés de l’énergie provoquées par le conflit au Moyen-Orient. BP a généré 14,83 milliards de dollars de trésorerie d’exploitation au troisième trimestre et réduit sa dette nette à 13,87 milliards, contre 22,25 milliards trois mois plus tôt.
Ces chiffres éclairent le fonctionnement du marché des carburants : une marge de raffinage élevée traduit l’écart entre la valeur des produits finis et le coût des matières premières et de leur transformation. Elle peut progresser dans un marché où le gazole et le kérosène sont particulièrement recherchés, même lorsque les volumes de pétrole brut ne connaissent pas une hausse équivalente.
Plus de 3,3 milliards de dépréciations dans les activités de transition
Le même communiqué fait état de 4,07 milliards de dollars de dépréciations nettes sur le trimestre. Sur ce montant, 3,37 milliards concernent la branche « gaz et énergie bas carbone », principalement des activités de transition, dont Lightsource bp dans le solaire et l’éolien en mer. Il s’agit de corrections de valeur comptable d’actifs, et non de sorties de trésorerie du même montant au cours du trimestre.
Cette divergence entre les résultats du raffinage et la valorisation de certains investissements bas carbone illustre les arbitrages auxquels font face les grandes compagnies énergétiques. Des projets renouvelables peuvent subir des révisions de rentabilité liées aux coûts, au financement ou aux perspectives commerciales, tandis que les activités pétrolières bénéficient temporairement de tensions sur les marchés. BP n’a pas annoncé dans ces résultats l’abandon de l’ensemble de ses activités renouvelables.
La direction, conduite par Meg O’Neill, privilégie désormais le renforcement du bilan. Le groupe prévoit de présenter le 15 décembre une mise à jour de sa stratégie à long terme. Les décisions d’investissement qui en découleront seront déterminantes pour mesurer la place réservée aux projets bas carbone.
Un signal important pour les marchés européens de l’énergie
Pour la France, l’intérêt de ces résultats dépasse la seule performance d’une entreprise britannique. Les raffineries, les échanges de gaz et les marchés de produits pétroliers sont interdépendants à l’échelle européenne. Les tensions qui augmentent les marges de certains opérateurs peuvent aussi peser sur les coûts d’approvisionnement des distributeurs et, selon les contrats, la fiscalité et la concurrence, sur les prix payés par les consommateurs.
Les résultats de BP ne permettent pas de déduire une variation précise du prix à la pompe en France. Ils montrent en revanche que la disponibilité des carburants raffinés constitue un enjeu distinct de la seule évolution du cours du brut. Le prochain rendez-vous stratégique de BP précisera si cette période de profits élevés conduit le groupe à réinvestir davantage, à réduire encore son endettement ou à réorienter son portefeuille énergétique.






