Le Japon pourrait redevenir cette année le premier importateur mondial de gaz naturel liquéfié (GNL), devant la Chine. Deux cabinets spécialisés anticipent ce renversement, lié surtout au ralentissement de la demande chinoise et aux transformations de son approvisionnement énergétique.
La hiérarchie mondiale du gaz naturel liquéfié pourrait changer à la fin de 2026. Dans une enquête publiée le 30 octobre par Reuters, les sociétés d’analyse ICIS et Kpler prévoient toutes deux que les importations japonaises dépasseront légèrement celles de la Chine. Ce résultat marquerait le retour du Japon en tête du classement, une position qu’il avait retrouvée pour la dernière fois en 2022.
Deux prévisions, un même changement de classement
ICIS anticipe 62 millions de tonnes de GNL importées par le Japon sur l’ensemble de 2026, contre 61 millions pour la Chine. Kpler estime les volumes respectifs à 63 et 62 millions de tonnes. L’écart d’un million de tonnes reste étroit dans les deux cas : il s’agit de projections établies avant la clôture de l’année, et non de statistiques définitives.
Le changement attendu provient d’abord de la faiblesse des achats chinois. La Chine avait dépassé le Japon en 2021, portée par une forte progression de ses besoins gaziers. Son marché a depuis évolué : les importations de GNL sont concurrencées par une production nationale accrue, les arrivées de gaz par gazoduc et le développement d’autres sources d’énergie, notamment renouvelables.
Cette évolution prolonge une tendance déjà perceptible en 2025. Dans une analyse des échanges chinois, ICIS décrivait alors le recul des achats de GNL et la montée des approvisionnements concurrents. Les nouvelles estimations pour 2026 suggèrent que cette transformation continue de peser sur les cargaisons maritimes.
Prix élevés et hiver potentiellement doux freinent les achats chinois
Aux changements structurels s’ajoutent deux facteurs conjoncturels. Les prix internationaux du gaz ont été poussés à la hausse par les perturbations énergétiques liées au conflit au Moyen-Orient. Dans le même temps, les perspectives d’un hiver relativement doux limitent les besoins d’approvisionnement supplémentaires.
Selon l’analyste Alex Siow, interrogé par Reuters pour ICIS, les prix élevés pourraient écarter du marché au comptant jusqu’à 15 millions de tonnes de demande chinoise annualisée. Ce chiffre désigne une demande potentielle sensible aux prix, pas un volume d’importations déjà annulé. Une détente des cours pourrait en réactiver une partie.
La Chine disposait par ailleurs d’une marge de sécurité avant l’hiver : selon Rystad Energy, cité dans la même enquête, les stockages souterrains chinois étaient remplis à hauteur de 80 à 90 % à la fin de septembre, avec des niveaux supérieurs aux références historiques dans certaines régions.
Le Japon recule aussi, mais moins rapidement
Le retour annoncé du Japon à la première place ne traduit pas une envolée de sa consommation. Les besoins japonais de GNL diminuent également, mais à un rythme moins marqué. Le redémarrage progressif de réacteurs nucléaires réduit notamment la quantité de gaz nécessaire à la production d’électricité.
La différence entre les deux pays tient aussi à leur structure d’approvisionnement. La Chine peut compléter le GNL par du gaz produit sur son territoire et par des importations terrestres. Le Japon dépend, pour ses achats extérieurs de gaz naturel, des livraisons maritimes de GNL. Les volumes importés ne résument donc pas, à eux seuls, la consommation totale de gaz de chaque économie.
Un signal pour le marché mondial et les acheteurs européens
La demande asiatique est déterminante pour l’équilibre du marché international du GNL. Des achats chinois moins importants peuvent réduire la concurrence sur certaines cargaisons disponibles à court terme. Leur effet sur les prix dépend néanmoins de la production mondiale, des perturbations logistiques, des contrats de long terme et de la météo dans les pays importateurs.
Cette interdépendance est également soulignée par l’Agence internationale de l’énergie dans son analyse du marché gazier de 2026, qui décrit l’effet des tensions d’approvisionnement sur les prix et la consommation en Asie comme en Europe. Pour les acheteurs européens, l’évolution chinoise est donc un indicateur à surveiller à l’approche de l’hiver, au même titre que les stocks et la disponibilité des méthaniers.
Les chiffres définitifs de 2026 permettront de mesurer l’ampleur du basculement. Quelle que soit la place finalement occupée par chacun, les prévisions d’ICIS et de Kpler illustrent une mutation durable du commerce gazier asiatique : le volume de GNL acheté par la Chine dépend désormais autant de ses alternatives énergétiques que de la croissance de son économie.






