L’été 2026 a remis le confort d’été au centre des préoccupations du bâtiment. Entre juin et août, la consommation d’électricité en France a progressé de 4 à 5 % par rapport à l’été précédent, notamment sous l’effet des besoins de climatisation, selon RTE. Sur les grandes toitures industrielles, commerciales ou logistiques, les fabricants développent depuis plusieurs années une autre réponse à la chaleur : des revêtements capables de réfléchir une part importante du rayonnement solaire avant qu’il ne soit absorbé par le bâtiment.
Le principe du cool roof est connu de longue date dans les régions chaudes, comme en Espagne. Une toiture claire absorbe moins de rayonnement qu’une couverture sombre et monte donc moins fortement en température. Les technologies actuelles cherchent à pousser plus loin ce principe en travaillant la réflectance solaire et l’émissivité thermique des revêtements.
Ces deux caractéristiques sont notamment réunies dans le SRI, ou indice de réflectance solaire. Un indice élevé traduit la capacité d’une surface à réfléchir le rayonnement reçu et à réémettre la chaleur absorbée. Sur des milliers de mètres carrés de toiture, la différence peut devenir significative pendant les épisodes de forte chaleur.
Une offre qui s’élargit chez les industriels
Le sujet attire désormais aussi bien les spécialistes de l’étanchéité que les fabricants de revêtements. Sika propose plusieurs solutions pour les toitures réfléchissantes, sous forme de membranes ou de finitions liquides. Sa résine Sikalastic-530 Reflect affiche par exemple un SRI initial de 106, tandis que d’autres références de la gamme dépassent 110. Le groupe cible en particulier les bâtiments industriels et commerciaux, pour lesquels les gains de confort peuvent être plus sensibles que dans un logement déjà fortement isolé.
Soprema développe également plusieurs solutions dédiées au cool roof. Campolin Reflect repose sur une résine aqueuse prête à l’emploi, tandis qu’Alsan 250 CR affiche un SRI de 106 sur support bitumineux. Le groupe propose aussi des systèmes d’étanchéité directement dotés d’une finition réfléchissante.
Cromology pousse le sujet avec Zolpan
Dans la peinture professionnelle, Cromology s’est positionné sur ce terrain à travers sa marque Zolpan. La marque propose Revsun Antico, un revêtement acrylique thermo-réfléchissant destiné aux toitures et aux bardages, avec des applications dans les secteurs tertiaire, industriel, logistique, agricole ou encore dans les équipements publics. Le produit repose sur des pigments aux propriétés optiques spécifiques. Selon les mesures réalisées par le CSTB (Centre Scientifique et Technique du Bâtiment), Revsun Antico réfléchit jusqu’à 83 % du rayonnement solaire et présente un SRI de 104 à l’état initial. Après trois ans de vieillissement, le fabricant annonce encore un SRI de 97. Ces niveaux lui permettent d’être éligible aux certificats d’économies d’énergie consacrés aux revêtements réflectifs en toiture.
Zolpan met également en avant des effets sur le confort intérieur. Dans les configurations testées, la marque annonce jusqu’à 5 °C de baisse de température dans le bâtiment et jusqu’à 20 % de réduction de l’usage de la climatisation. Ces valeurs dépendent naturellement de nombreux paramètres, parmi lesquels l’isolation, l’exposition, la nature de la toiture et l’usage du bâtiment.
Pour Cromology, le cool roof s’inscrit dans un champ plus large de recherche sur le comportement de l’enveloppe. Zolpan travaille déjà sur l’isolation thermique par l’extérieur, l’imperméabilité des façades et les pigments réfléchissants. Le revêtement de toiture complète ces solutions avec une intervention directement orientée vers la maîtrise de l’échauffement du support.
Cette évolution élargit au passage le rôle traditionnel de la peinture : protection contre les intempéries et la corrosion, finition du support, mais également maîtrise d’une partie du rayonnement solaire. Les performances demandées à certains revêtements se rapprochent de plus en plus de celles attendues des autres composants de l’enveloppe.
Le CSTB tempère toutefois les promesses
L’intérêt technique des revêtements réfléchissants ne signifie pas qu’ils présentent le même bénéfice sur tous les bâtiments. Une étude publiée en mai 2026 par le CSTB, à la demande de la Direction de l’habitat, de l’urbanisme et des paysages, a examiné l’hypothèse d’une utilisation généralisée sur les bâtiments tertiaires. Ses conclusions appellent à une prescription beaucoup plus ciblée.
Sur une toiture peu ou pas isolée, l’ajout d’une isolation thermique reste nettement plus performant en matière d’économies d’énergie. Pour des bâtiments présentant des caractéristiques moyennes, l’étude conclut par ailleurs que le coût du revêtement peut dépasser les gains économiques obtenus. Le CSTB ne recommande donc pas une généralisation de ces peintures à l’ensemble du parc tertiaire.
Les grands bâtiments fortement exposés au soleil présentent une situation différente. Entrepôts, usines, centres commerciaux ou bâtiments équipés d’une climatisation importante peuvent offrir des conditions plus favorables, en particulier lorsque des travaux plus lourds sur l’enveloppe ne sont pas programmés à court terme.
L’été 2026 a rappelé l’importance de cette réflexion. La hausse des consommations liée à la climatisation intervient désormais au moment où les températures restent élevées jusque dans la soirée. Pour les propriétaires et exploitants, les réponses passent par une combinaison de solutions : isolation, protections solaires, ventilation, pilotage des équipements et, dans certains cas, traitement de la toiture.
Les peintures réfléchissantes trouvent leur place dans cette palette. Leur développement chez Zolpan, Sika, Soprema ou Axter montre en tout cas que la toiture devient un terrain d’innovation à part entière pour limiter l’exposition des bâtiments aux fortes chaleurs.






