La Chine réalise un barrage de 315 mètres, potentiellement le plus haut du monde, avec l’appui de 27 miroirs pour aider les ingénieurs

Des miroirs géants qui réchauffent la roche pour battre le froid himalayen : la Chine bricole une prouesse d’ingénierie folle pour construire le futur plus haut barrage du monde. Le détail vaut le coup d’œil.

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La Chine réalise un barrage de 315 mètres, potentiellement le plus haut du monde, avec l'appui de 27 miroirs pour aider les ingénieurs
La Chine réalise un barrage de 315 mètres, potentiellement le plus haut du monde, avec l’appui de 27 miroirs pour aider les ingénieurs © L'EnerGeek

L’opérateur China Energy Investment Corp a annoncé la mise en service de la troisième des quatre turbines Francis de 500 MW qui équiperont la centrale hydroélectrique de Shuangjiangkou, dans le Sichuan. La puissance délivrée atteint désormais 1,5 GW, selon des informations rapportées par Global Times, citant China Media Group.

La quatrième unité n’est pas encore raccordée. Une fois les 2 GW de capacité totale atteints, la pleine puissance de la centrale est attendue d’ici fin 2026.

Un barrage conçu pour dépasser Jinping-I

Le barrage vise une hauteur de 315 mètres. Fin juin, le remblai atteignait déjà 260 mètres, une hauteur suffisante pour retenir l’eau nécessaire à la production d’électricité, selon Liu Haiyang. Il doit encore grimper de 55 mètres pour atteindre une altitude de 2 510 mètres, l’achèvement du remblaiement étant prévu en 2027.

Le Guinness World Records classe toujours le barrage-voûte de Jinping-I, également situé au Sichuan et culminant à 305 mètres, comme le plus haut barrage achevé au monde. Une fois terminé, Shuangjiangkou le dépasserait de 10 mètres. Ce record ne devrait pas tenir longtemps : Water Power Magazine rappelle que le barrage de Rogun, au Tadjikistan, est conçu pour atteindre 335 mètres, avec un achèvement prévu dans les années 2030.

Le chantier se déroule dans une vallée de montagne étroite, à environ 2 200 mètres d’altitude, où les températures hivernales descendent jusqu’à -20 °C. Le matériau gelé ne peut pas être compacté à la densité requise, ce qui limitait certains travaux à moins de six mois par an.

Pour contourner ce problème, les ingénieurs ont installé 27 héliostats, de grands miroirs qui suivent la trajectoire du soleil et dirigent sa lumière vers le noyau d’argile du barrage. Le dispositif relève la température du noyau d’environ 3 °C et permet de gagner près de trois heures de travail supplémentaires les jours favorables, selon l’agence Xinhua.

Depuis juin, la centrale a produit 500 millions de kilowattheures, alimentant la demande de pointe estivale dans la zone économique Chengdu-Chongqing, selon Global Times. Une fois les quatre unités en service, la production annuelle est estimée à environ 7,7 milliards de kilowattheures, auxquels s’ajoutent 6,6 milliards de kilowattheures par an revendiqués au niveau des stations en cascade situées en aval.

Pour Lin Boqiang, directeur du China Center for Energy Economics Research à l’université de Xiamen, l’intérêt du projet dépasse la seule production d’électricité propre. Il a expliqué à Global Times que le réservoir permet de stocker l’eau lorsque les afflux sont importants et de la relâcher lorsque la demande augmente ou lors de sécheresses.

Cette flexibilité gagne en valeur à mesure que les capacités éoliennes et solaires se développent, l’hydroélectricité de réservoir pouvant absorber les variations des sources intermittentes et stabiliser le réseau, selon lui.

La Chine a ajouté 6,03 GW de capacité hydroélectrique au premier semestre 2026, selon l’Administration nationale de l’énergie, qui a communiqué ces chiffres le 30 juillet. La capacité hydroélectrique installée totale du pays atteignait 454 GW à fin juin, un chiffre corroboré par l’analyse de Carbon Brief sur le dernier plan quinquennal chinois pour les énergies renouvelables.

Des experts chinois cités par Global Times estiment que la mise en service de Shuangjiangkou démontre une capacité nationale à construire des barrages en remblai rocheux de très haut niveau et des systèmes d’évacuation des crues à haute chute, sans recours à des technologies étrangères.

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