Le nombre de stations-service à court d’essence ou de gazole continue de grossir. Selon les données du ministère de l’Économie, 16 % des stations-service françaises manquaient d’au moins un carburant le lundi 21 septembre 2026. Deux jours plus tôt, le samedi 19 septembre, ce taux ne dépassait pas 13 %.
Ce même lundi matin, le ministre de l’Économie Roland Lescure avançait un chiffre légèrement supérieur sur France Inter, affirmant que le lundi matin, on était à 17 %. L’écart avec le calcul d’actu.fr, qui recense 2 500 stations à sec sur les 9 900 que compte le pays, soit environ 25 %, tient à la méthode retenue : le gouvernement ne considère pas une station en rupture tant qu’elle conserve un stock d’une catégorie de carburant, même si un type précis vient à manquer, par exemple plus de SP 98 mais encore du SP 95-E10.
Le réseau Total concentre l’essentiel des difficultés
Sur les stations en rupture, 91 % appartiennent au réseau TotalEnergies, qui représente environ un tiers des stations françaises. Le président du syndicat Mobilians, qui représente 5 600 stations-service, Francis Pousse, confirme ce chiffre auprès de franceinfo : « À 91 %, ce sont des stations Total ».
L’explication tient au prix. TotalEnergies plafonne son gazole à 2,25 euros le litre et son essence à 1,99 euro, un niveau qui attire mécaniquement davantage de clients. « On comprend l’appétence qu’ont les consommateurs pour ce réseau », relève Pousse, avant de préciser que ces stations « sont dimensionnées pour des ventes habituelles avec des approvisionnements habituels ». Autre facteur aggravant selon lui : « le week-end, il y a très peu de livraisons ».
Le Grand Est pénalisé par la baisse du Rhin
La carte officielle du gouvernement, actualisée par département, classe la majorité du territoire en jaune, entre 10 % et 25 % d’indisponibilité. Une poignée de départements, notamment dans le Grand Est, apparaissent en orange, entre 25 % et 50 %.
Cette rupture régionale n’a rien à voir avec les prix. Elle s’explique par la sécheresse de l’été 2026, qui a fait chuter le niveau du Rhin, emprunté par de nombreuses barges pour transporter le carburant. « À partir du moment où le niveau d’eau est inférieur à une certaine hauteur, on ne peut plus transporter ce carburant par barge », explique Francis Pousse à franceinfo. L’approvisionnement est alors dérouté vers des camions, « mais ça prend plus de temps ».
À l’échelle régionale, le ministère de l’Économie situe Pays de la Loire en tête avec 20 % de stations en difficulté, devant le Grand Est (19 %), puis Centre-Val de Loire, Ile-de-France et Normandie, toutes à 18 %. Bourgogne-Franche-Comté ferme la marche avec 13 %.
Fort taux de rupture aussi à Paris, mais pour une tout autre raison : la capitale ne compte qu’une dizaine de stations-service intra-muros, un chiffre sans rapport avec sa densité de population.
À l’inverse, la Corse échappe totalement aux pénuries. Les livraisons y sont programmées et la demande, hors saison touristique, reste bien moindre, selon le syndicat professionnel Ufip Energies et Mobilités.
Ce lundi, le gazole s’affichait à 2,343 euros le litre selon un calcul d’actu.fr. Le SP 95 coûtait 2,207 euros, et le SP 95-E10 était à 2,128 euros. Ces niveaux étranglent les automobilistes, semaine après semaine.
Le site pénurie-Carburant.fr, qui agrège les signalements des stations et des internautes, relevait lundi matin 13 % de stations en pénurie de gazole, 20 % pour le SP95-E10 et le SP98, et jusqu’à 27 % pour le SP95.
Sébastien Lecornu organisait lundi deux réunions à Matignon. Celle du matin, avec les directeurs d’administrations centrales, portait sur les approvisionnements en pétrole et en gaz. Celle de l’après-midi devait traiter de « l’accompagnement à court et moyen terme » des Français face à la flambée des prix.
Interrogé sur les stocks, Roland Lescure a assuré que le gouvernement dispose d’une visibilité « sur un ou deux mois parce qu’on sait où sont les tankers, on sait ce qu’on a dans les stocks », les niveaux dépendant notamment de l’évolution de la guerre entre les États-Unis et l’Iran au Moyen-Orient. Les stocks stratégiques français sont, selon lui, à plein, sans enjeu d’approvisionnement à ce stade.
Une carte interactive, mise à jour au fur et à mesure des déclarations des stations, permet de vérifier la disponibilité du gazole, du SP95, du SP95-E10, du SP98, du GPL et de l’E85 sur Prix-carburants.gouv.fr, par département, commune ou code postal.






