Dans la nuit du 10 au 11 septembre 2026, l’oléoduc Est-Ouest saoudien long de 1 200 kilomètres, reliant les champs de pétrole de l’est du pays au terminal de Yanbu sur la mer Rouge, a été endommagé lors d’attaques de drones. Riyad a attribué ces frappes à une milice irakienne et a décidé de fermer préventivement cette infrastructure stratégique, connue sous le nom de Petroline. Les chargements au port de Yanbu ont été suspendus, poussant le royaume à informer ses clients européens de l’annulation de plusieurs cargaisons prévues pour septembre 2026.
L’oléoduc Est-Ouest : une infrastructure clé endommagée
La Petroline, qui s’étend sur 1 200 kilomètres à travers le désert saoudien, transporte le brut depuis les gisements orientaux jusqu’au terminal de Yanbu. Cette infrastructure permet au royaume de contourner le détroit d’Ormuz, partiellement fermé depuis six mois à cause des tensions régionales. Selon Robert Mogielnicki, analyste à l’Arab Gulf States Institute, cet oléoduc est essentiel pour l’Arabie saoudite, surtout dans le contexte géopolitique actuel. Il offre une alternative maritime via la mer Rouge plutôt que le golfe Persique.
Les attaques de drones ont ciblé les installations de pompage. Bien que Saudi Aramco n’ait pas commenté officiellement les dégâts, la fermeture immédiate de l’oléoduc souligne la gravité de l’incident. Riyad accuse une milice irakienne d’être responsable. L’endommagement des stations de pompage perturbe le fonctionnement global du système, nécessitant une pression constante pour acheminer le brut. Aucun calendrier de réparation n’a été encore communiqué.
Impact sur les flux d’exportation : le terminal de Yanbu à l’arrêt
Le terminal de Yanbu, alimenté uniquement par l’oléoduc Est-Ouest, a arrêté ses opérations de chargement. Cette suspension affecte directement les principaux clients européens du royaume, tels que le groupe polonais Orlen PKN. Depuis juin 2022, Aramco assure environ 40 % de l’approvisionnement en pétrole d’Orlen, faisant de ce raffineur l’un des principaux acheteurs européens. Selon la société d’analyse Kpler, le port balte de Gdansk a reçu 160 000 barils par jour de brut saoudien depuis le début de l’année, tandis que le terminal lituanien de Butinge en a importé 63 000 barils quotidiens. Ces volumes sont désormais compromis.
Pour compenser la fermeture de Yanbu, l’Arabie saoudite a accru les chargements à ses terminaux du golfe Persique. Les données de Vortexa montrent que 22 millions de barils ont été chargés sur 12 navires à Ras Tanura et Juaymah durant la semaine du 7 au 13 septembre 2026, contre seulement 6 à 7 navires par semaine précédemment. Cependant, cette réorientation est limitée par le détroit d’Ormuz, où seuls 7 à 9 millions de barils par jour transitent encore via des navires « fantômes », représentant 30 à 40 % de la production d’avant-guerre.
Routes alternatives et goulots d’étranglement
Alors que le détroit d’Ormuz reste partiellement verrouillé depuis mars 2026 et que les Houthis yéménites maintiennent un blocus en mer Rouge, les exportateurs du Golfe se tournent vers le canal de Suez et le pipeline SUMED comme alternatives. Cependant, ces infrastructures ont des capacités limitées. Le SUMED peut transporter environ 2,34 millions de barils par jour, insuffisant pour absorber l’ensemble des flux saoudiens déviés de Yanbu et du détroit d’Ormuz.
Ces perturbations ont entraîné une flambée des prix sur le marché européen, avec le Brent daté dépassant les 120 dollars le baril. Face à cette situation, Orlen a lancé des appels d’offres sur le marché spot pour acquérir des cargaisons de remplacement. Un porte-parole du groupe a souligné que l’ajustement des volumes d’achat est une partie standard des opérations d’Orlen, dictée par les besoins de production et l’évolution des conditions de marché. Les raffineurs européens se tournent vers la mer du Nord, l’Algérie ou le Kazakhstan pour compenser, mais les délais d’acheminement s’allongent et les coûts augmentent.
La fermeture de l’oléoduc Est-Ouest met en lumière la vulnérabilité des infrastructures énergétiques du Golfe dans le contexte géopolitique actuel. Tant que les réparations ne seront pas achevées et que les tensions régionales ne seront pas apaisées, l’Arabie saoudite devra gérer des capacités d’exportation réduites, obligeant ses clients européens à réorganiser en urgence leurs chaînes d’approvisionnement. L’incertitude persiste quant à la durée de cette perturbation et à la viabilité à long terme des routes alternatives face à la multiplication des menaces.






