En 1983, Atari a enfoui des camions remplis de jeux vidéo non vendus dans une décharge du Nouveau-Mexique, et lors de l’excavation en 2014, environ 1 300 cartouches ont été retrouvées, certaines valant ensuite plusieurs centaines voire milliers de dollars

Un porte-parole d’Atari a menti en 1983 sur le contenu de 14 camions. Trente ans plus tard, une excavation a révélé la vérité, et certaines cartouches se sont vendues plus de 1 500 dollars.

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En 1983, Atari a enfoui des camions remplis de jeux vidéo non vendus dans une décharge du Nouveau-Mexique, et lors de l'excavation en 2014, environ 1 300 cartouches ont été retrouvées, certaines valant ensuite plusieurs centaines voire milliers de dollars
En 1983, Atari a enfoui des camions remplis de jeux vidéo non vendus dans une décharge du Nouveau-Mexique, et lors de l’excavation en 2014, environ 1 300 cartouches ont été retrouvées, certaines valant ensuite plusieurs centaines voire milliers de dollars © L'EnerGeek

En septembre 1983, Atari a jeté des cartouches de jeux vidéo et du matériel informatique invendus dans une décharge d’Alamogordo, au Nouveau-Mexique. Plus de 30 ans plus tard, en 2014, une excavation du site a permis de récupérer environ 1 300 cartouches, transformant une histoire industrielle vieille de plusieurs décennies en preuve tangible.

Quatorze camions déversés depuis El Paso

Un rapport publié le 28 septembre 1983 évoquait déjà 14 camions de matériel de jeux vidéo et d’équipement informatique déversés dans la décharge. Ce chargement provenait de l’opération d’Atari à El Paso, au Texas. Un porte-parole de l’entreprise avait alors assuré que les articles jetés n’étaient que des composants défectueux mis au rebut.

La réalité était tout autre. Selon le récit de WIRED sur cette excavation, les magasins avaient commencé à renvoyer massivement des produits invendus, et l’opération d’El Paso n’avait pas les moyens de tout remettre à neuf ou de traiter ces retours.

Le site est ainsi devenu le cimetière de millions d’exemplaires invendus mais parfaitement fonctionnels, qu’Atari ne pouvait plus se permettre de stocker. Les palettes ont fini leur route à Alamogordo, une décharge jugée moins exposée au pillage que d’autres sites.

E.T., symbole du fiasco Atari

Pendant la période des achats de Noël, Atari avait sorti son adaptation du film de Steven Spielberg sorti en 1982, pour l’Atari 2600. Selon le Smithsonian’s National Museum of American History, le programmeur Howard Scott Warshaw n’a disposé que de cinq semaines et demie pour développer le jeu, contre six à neuf mois habituellement.

L’entreprise aurait eu besoin de vendre environ 4 millions de cartouches pour amortir son accord de licence. Les ventes sont restées très en deçà. Atari faisait déjà face à des difficultés de marché bien plus larges, la concurrence de l’Intellivision de Mattel et de la ColecoVision de Coleco s’ajoutant à l’arrivée massive de jeux d’éditeurs indépendants.

Le krach du jeu vidéo n’a pas été causé par E.T. seul, mais l’entreprise se retrouvait en 1983 avec des quantités considérables de stocks inutiles sur les bras.

Pendant des décennies, l’histoire s’est déformée dans l’imaginaire public jusqu’à devenir une légende urbaine : Atari aurait enterré d’énormes quantités de cartouches d’E.T., et de ce seul jeu. Selon WIRED, les reportages de l’époque suggèrent pourtant que plusieurs titres et du matériel étaient concernés, pas un seul jeu. Cette incertitude a nourri le folklore vidéoludique pendant des années.

Fuel Entertainment a décidé de trancher en 2013, en poursuivant l’occasion d’excaver la décharge pour un projet de documentaire. Joe Lewandowski, entrepreneur local de gestion des déchets, connaissait l’histoire du site et a aidé les chercheurs à repérer l’emplacement probable de l’enfouissement.

L’excavation a eu lieu le 26 avril 2014. Cinéastes, archéologues et autres professionnels ont fouillé la décharge et retrouvé des cartouches Atari 2600, dont E.T., Asteroids, Pac-Man et d’autres titres, ainsi que du matériel Atari. Cette diversité a confirmé que le site servait à une élimination générale, et non à l’enfouissement exclusif d’un seul jeu.

La ville d’Alamogordo a ensuite annoncé la récupération d’environ 1 300 cartouches. En septembre 2014, elle a voté la mise aux enchères de 800 d’entre elles, jugées précieuses notamment parce que leur provenance archéologique pouvait être documentée.

En novembre 2014, la Tularosa Basin Historical Society a mis une centaine de jeux récupérés en vente sur eBay, parmi lesquels E.T., Centipede et Defender. Les enchères démarraient entre 50 et 100 dollars, et chaque exemplaire était accompagné d’un certificat d’authenticité le rattachant à l’excavation d’Alamogordo. Une cartouche E.T. particulièrement recherchée avait déjà dépassé les 400 dollars avant la clôture des ventes.

En août 2015, Ars Technica a rapporté qu’au total, 881 cartouches récupérées avaient été vendues pour 107 930,15 dollars lors de cette série d’enchères eBay. La ville d’Alamogordo en a récupéré environ 65 000 dollars, la Tularosa Basin Historical Society percevant également une part de la vente. La cartouche la plus chère de l’ensemble restait un exemplaire d’E.T., adjugé 1 535 dollars.

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