Népal demande un ‘effort mondial’ pour combattre le changement climatique après des inondations éclair destructrices

2 478 disparus, 626 morts, 93 000 personnes affectées. Derrière ces chiffres, des familles séparées, des villages rayés de la carte et une région verrouillée où la vérité peine à sortir.

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Népal demande un 'effort mondial' pour combattre le changement climatique après des inondations éclair destructrices
Népal demande un ‘effort mondial’ pour combattre le changement climatique après des inondations éclair destructrices © L'EnerGeek

Le nombre de personnes portées disparues après les inondations soudaines survenues à la frontière entre le Népal et le Tibet a atteint 2 478, selon le bilan arrêté samedi 29 août 2026, dernière mise à jour du fil d’actualité que le Guardian consacre à la catastrophe. Côté népalais, l’agence de gestion des catastrophes du pays recensait 1 924 disparus vendredi 28 août ; côté tibétain, l’agence de presse d’État chinoise Xinhua en comptabilisait 554.

Le bilan des morts s’établit quant à lui à 626 au Népal, selon la police citée par Reuters, et à 7 au Tibet d’après Xinhua. Côté népalais, le chiffre a grimpé toute la journée de vendredi, passant de 469 à 538 puis 579, avant d’atteindre son niveau actuel.

Plus de 3 700 personnes ont par ailleurs été secourues au Népal, où 219 blessés ont été recensés et où plus de 18 700 secouristes ont été déployés.

La Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge estime qu’au moins 93 000 personnes ont été affectées et a lancé un appel d’urgence de 31 millions de dollars. David Fisher, chef de délégation de l’organisation pour le Népal, a déclaré vendredi 28 août que le traumatisme de cet événement était énorme, que des milliers de foyers avaient été détruits ou gravement endommagés […] et que le bilan des morts était très élevé et allait malheureusement probablement continuer d’augmenter.

Course contre la montre dans un tunnel du Rasuwa

L’armée népalaise a mené une opération de sauvetage périlleuse dans un tunnel d’un projet hydroélectrique du district de Rasuwa. Des sauveteurs ont progressé en rampant dans une boue épaisse pour extraire les personnes piégées. Deux d’entre elles en ont été retirées, selon les autorités.

Le Népal a demandé à la Chine et à l’Inde des ponts Bailey, ces structures préfabriquées assemblables rapidement, pour rétablir routes et communications dans une région où une vingtaine de ponts ont été détruits et 40 kilomètres de routes emportés.

Vendredi matin, les opérations terrestres ont été interrompues par crainte d’une nouvelle montée des eaux, tandis que les secours par hélicoptère se poursuivaient. Le Népal surveille toujours deux lacs formés par les débris de la crue en amont de la zone sinistrée ; l’un d’eux a commencé à déborder vendredi, provoquant une suspension de 90 minutes des secours et la fuite d’habitants vers les hauteurs, selon un témoin de Reuters.

Le ministre népalais des Affaires étrangères, Shisir Khanal, est revenu sur sa position initiale et a réclamé une aide étrangère spécialisée, tout en écartant un appel à du renfort pour la recherche et le sauvetage proprement dits. Il a déclaré à Reuters vendredi soir qu’ils avaient déjà formulé des demandes de services spécialisés et d’assistance technique dans les domaines où ils manquaient d’expertise et de savoir-faire technique.

À Gyirong, au Tibet, rien que des ruines

Une équipe de secours chinoise a atteint pour la première fois le poste-frontière de Gyirong, presque anéanti. Zou Mingqi, un responsable des secours, a rapporté sur la chaîne d’État CCTV que, autant qu’il pouvait voir, il ne restait que des débris. Plus de 550 personnes, dont 260 étrangers, restent portées disparues dans le comté de Gyirong, toujours selon CCTV.

Les autorités chinoises ont évacué 555 touristes bloqués et 499 résidents, et averti, selon les médias d’État, qu’un lac artificiel formé après la crue présentait un risque élevé de rupture. Le dirigeant chinois Xi Jinping a présidé une réunion vendredi pour diriger les opérations de secours et dépêché le Premier ministre Li Qiang dans la zone sinistrée.

Li Qiang, cité par Xinhua, a déclaré que le secrétaire général Xi Jinping se préoccupait profondément des populations des zones sinistrées.

Un flux d’informations verrouillé côté chinois

Le tableau de la catastrophe se dessine beaucoup plus vite côté népalais que côté tibétain, où un contrôle strict de l’information entrave la compréhension publique des événements. Le Tibet, sous contrôle chinois depuis les années 1950, reste la région la plus étroitement surveillée du pays. Les journalistes étrangers n’y accèdent que lors de voyages encadrés par le gouvernement, et de nombreux Tibétains ne peuvent obtenir de passeport.

Steve Tsang, directeur du China Institute à la SOAS University of London, observe que tout ce qui concerne le Tibet est vu à travers le prisme de la sécurité nationale et que personne ne va dire ou rapporter quoi que ce soit qui n’ait pas été validé par le tout premier échelon.

Selon lui, on ne peut pas rapporter un bilan de morts plus élevé, même si l’on a vu davantage de corps soi-même, tant que la déclaration officielle n’indique pas que le chiffre a augmenté.

Des centaines d’étrangers toujours portés disparus

Au total, 777 étrangers manquent à l’appel : 517 selon l’agence népalaise de gestion des catastrophes, qui peut inclure touristes et travailleurs, et 260 selon les autorités chinoises. En Australie, 41 ressortissants sont portés disparus, contre 38 la veille au soir ; une famille s’est réjouie après qu’une femme recherchée a repris contact vendredi.

Aux États-Unis, le département d’État recense 90 citoyens disparus et 3 secourus, sans décès signalé à ce stade. Côté indien, l’office du tourisme du Népal fait état de 98 disparus et 85 secourus vendredi ; les autorités indiennes ont récupéré sept corps dans des rivières descendant du Népal, présumés être des victimes de la crue.

Au Royaume-Uni, où les familles de 33 Britanniques disparus se sont précipitées vers le Népal, une équipe de réponse rapide composée de bénévoles spécialement formés a été déployée. Le secrétaire aux Affaires étrangères Ed Miliband a déclaré que les scènes venues du Népal étaient dévastatrices, et que leurs pensées allaient à toutes les personnes touchées […], ajoutant que la sécurité et le bien-être des ressortissants britanniques étaient leur priorité absolue.

Le Népal réclame un effort mondial contre le changement climatique

La catastrophe a été provoquée par l’effondrement d’un glacier en fusion à la frontière entre le Tibet et le Népal. Interrogé sur ses causes, Khanal a appelé à un effort mondial contre le changement climatique, décrivant le Népal comme l’un des plus faibles contributeurs aux émissions de gaz à effet de serre tout en étant l’une des plus grandes victimes du réchauffement.

Dans le district de Rasuwa, Sangke Dolma Tamang, 61 ans, cuisinait dans son village de Mailung quand la crue est survenue sans avertissement. Toute sa famille a fui vers les hauteurs, mais son mari lui a échappé. Elle raconte que d’autres ont essayé de le tirer en lieu sûr, mais que la crue l’a emporté.

Elle a passé une nuit sur un point haut avant qu’un hélicoptère de l’armée ne vienne la secourir. Son fils est lui aussi porté disparu.

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