Voiture électrique : le Royaume-Uni lancee la taxe kilométrique pour financer la transition

Le Royaume-Uni instaure une taxe kilométrique sur les voitures électriques à partir d’avril 2028. Le tarif atteint 2,2 centimes par kilomètre pour

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Voiture électrique : le Royaume-Uni lancee la taxe kilométrique pour financer la transition © L'EnerGeek

Le Royaume-Uni bascule dans une nouvelle ère fiscale énergétique. À compter du 1er avril 2028, les propriétaires de voiture électrique devront s’acquitter d’une taxe kilométrique baptisée Electric Vehicle Excise Duty (eVED). Le tarif s’établit à 3 pence par mile, soit environ 2,2 centimes d’euro par kilomètre parcouru. Pour les hybrides rechargeables, la ponction tombe à 1,5 pence par mile (1,2 centime par kilomètre). Cette mesure vise à compenser la chute des recettes fiscales liées aux carburants fossiles, qui rapportent actuellement 24 milliards de livres sterling par an au Trésor britannique.

La transition énergétique crée un vide fiscal : le problème structurel

Électrification du parc automobile et disparition progressive de la fiscalité carburant

L’électrification massive du parc automobile britannique génère un paradoxe budgétaire majeur. Alors que 5,6 millions de véhicules électriques et hybrides rechargeables circulent déjà outre-Manche, les recettes de la taxe sur les carburants s’effondrent mécaniquement. Le gouvernement britannique anticipe une perte totale de ces revenus d’ici 2050, date à laquelle le thermique aura disparu. Face à un déficit budgétaire de 5,4% du PIB en 2025 et une dette publique atteignant 94% du PIB, Londres ne peut se permettre d’abandonner cette manne fiscale sans alternative. Le gouvernement britannique justifie sa démarche par un principe d’équité : « Tous les véhicules contribuent aux embouteillages et à l’usure des routes, mais les conducteurs de véhicules à essence et diesel s’acquittent d’une taxe sur les carburants à la pompe afin d’apporter leur juste contribution. En revanche, les conducteurs de véhicules électriques ne paient actuellement aucune taxe équivalente basée sur l’utilisation. »

Impact sur le financement des infrastructures routières et de transport

Le financement des routes, de leur entretien et des infrastructures de recharge électrique repose historiquement sur la fiscalité carburant. L’eVED ambitionne de générer entre 1,1 et 1,9 milliard de livres sterling annuellement, selon les projections gouvernementales. La première année (2028-2029) devrait rapporter 1,1 milliard, puis 1,4 milliard en 2029-2030, pour atteindre 1,9 milliard en 2030-2031. Cependant, l’Office for Budget Responsibility (OBR) estime que la mesure pourrait freiner les ventes de véhicules électriques de 120 000 unités entre 2025-2026 et 2030-2031, soit 2% des ventes prévues. Un effet pervers qui illustre la tension entre objectifs climatiques et impératifs budgétaires.

Le modèle britannique de taxe kilométrique : architecture technique et mise en œuvre

eVED : barème différencié (100% électrique vs hybride rechargeable)

Le système britannique introduit une discrimination tarifaire basée sur le type de motorisation. Les véhicules 100% électriques supportent un taux plein de 3 pence par mile, tandis que les hybrides rechargeables, encore partiellement dépendants des carburants fossiles, bénéficient d’un tarif réduit de moitié. Pour un conducteur parcourant 14 300 kilomètres par an (moyenne britannique de 8 900 miles), la facture annuelle grimpe à 267 livres sterling, soit 312 euros. Un automobiliste roulant 15 000 kilomètres devra débourser plusieurs centaines d’euros supplémentaires chaque année.

Système de déclaration et contrôle : intégration dans l’immatriculation annuelle et ITV

La mise en œuvre technique repose sur un double mécanisme déclaratif et vérificatif. Les conducteurs devront déclarer leur kilométrage lors du renouvellement annuel de l’immatriculation et fournir une estimation pour l’année suivante. Le compteur sera ensuite contrôlé lors du contrôle technique annuel (MOT), équivalent britannique du contrôle technique français, afin de régulariser la somme due. Ce système vise à limiter la fraude tout en évitant la mise en place coûteuse d’un dispositif de géolocalisation généralisé, jugé intrusif pour la vie privée.

Exemptions : véhicules utilitaires électriques et flottes commerciales

Le gouvernement britannique a prévu des exemptions stratégiques. Les utilitaires électriques échappent à la taxe kilométrique, une mesure destinée à préserver la compétitivité des entreprises et à encourager l’électrification des flottes professionnelles. Des dispositions spécifiques encadreront également les gestionnaires de flottes, les loueurs et les sociétés de leasing, dont les modèles économiques reposent sur des volumes kilométriques élevés. La mesure suscite déjà des inquiétudes sur son effet dissuasif pour l’adoption de la voiture électrique.

Viabilité énergétique et économique du système

5,6 millions de véhicules concernés : capacité de collecte et risques de fraude

Avec 5,6 millions de véhicules électriques et hybrides rechargeables en circulation, le Royaume-Uni dispose d’une base fiscale conséquente. Toutefois, la collecte effective dépendra de la fiabilité du système déclaratif. Les risques de sous-déclaration, de manipulation des compteurs ou de contournement via des immatriculations dans des pays voisins restent réels. La Nouvelle-Zélande et l’Islande, pionnières de la taxe kilométrique sur les électriques, ont enregistré des résultats mitigés, avec des taux de fraude variables et des coûts administratifs parfois élevés.

Coûts additionnels pour les utilisateurs : impact sur l’adoption de l’électrique

Le surcoût annuel de plusieurs centaines d’euros pourrait ralentir la transition énergétique. L’OBR anticipe une baisse de 2% des ventes de véhicules électriques sur la période 2025-2031. Pour les ménages modestes, déjà confrontés au prix d’achat élevé des véhicules électriques et au coût des infrastructures de recharge, cette taxe représente un frein supplémentaire. Paradoxalement, elle pourrait prolonger la durée de vie du parc thermique, contredisant les objectifs climatiques affichés.

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