Cinq ans après l’effondrement du radiotélescope, la National Science Foundation (NSF), propriétaire du site à Porto Rico, a tranché : l’instrument ne renaîtra pas. L’agence américaine l’a confirmé sans ambiguïté, malgré les demandes répétées de la communauté scientifique.
Le renoncement n’est pas une surprise totale. En octobre 2022 déjà, la NSF avait coupé court à l’espoir d’un successeur en annonçant qu’elle établirait plutôt un centre éducatif consacré aux sciences, aux technologies, à l’ingénierie et aux mathématiques sur le site.
Le plan de financement de l’agence ne prévoit aucun soutien opérationnel pour l’infrastructure scientifique actuelle d’Arecibo, rapporte Sciencepost. De nombreux astronomes se disent déçus mais pas surpris, sachant que la NSF allait devoir trancher un dossier difficile.
Un coût de 400 millions de dollars jugé disproportionné
Le président Biden avait proposé une hausse de 18,7 % du budget de la NSF, jusqu’à 10,5 milliards de dollars, pour l’exercice fiscal 2023. Face à cette enveloppe, le coût d’un nouvel Arecibo, autour de 400 millions de dollars, a été jugé disproportionné au regard des priorités de l’agence.
L’instrument avait pourtant traversé 57 ans de service avant de s’effondrer le 1er décembre 2020, vers 8 heures du matin. Une plateforme de 900 tonnes, suspendue à 137 mètres au-dessus d’une parabole de 305 mètres de diamètre, s’était écrasée dans le vide après une chute de 152 mètres, détruisant les deux structures.
Un été marqué par la rupture d’un câble auxiliaire puis d’un câble porteur principal avait mis les ingénieurs en alerte. La NSF avait alors annoncé son intention de démonter la structure de façon contrôlée, mais la chute est survenue avant l’exécution de ce plan.
Sean Jones, directeur adjoint de la NSF, avait reconnu lors d’une conférence de presse tenue le 19 novembre 2020 : « Cette décision n’a pas été facile à prendre. Nous comprenons à quel point Arecibo compte pour la communauté scientifique et pour Porto Rico. »
Le site reconverti, sans nouveau télescope
Le site n’est pas devenu une friche. Il est inscrit au registre national des lieux historiques et conserve un centre d’apprentissage, un centre d’accueil des visiteurs, un auditorium, un espace d’exposition, des dormitories et des bureaux.
En 2023, quatre institutions ont été désignées pour piloter la transition, dans le cadre d’un projet baptisé Arecibo C3, tourné vers les sciences de la vie et l’informatique. La NSF avait demandé 6 millions de dollars pour l’entretien du site et les coûts de transition lors de l’exercice 2024, répartis entre ses divisions d’astronomie et de géosciences. Le budget 2025 n’affichait plus aucun dollar alloué à cette transition, ce qui suggère que ce financement était temporaire.
Le radiotélescope de 12 mètres et l’installation lidar, encore debout après la catastrophe, se retrouvent eux aussi sans financement pérenne.
La perte pèse sur la surveillance des astéroïdes. Le rapport décennal de planétologie et d’astrobiologie, référence pour orienter les priorités scientifiques américaines, pointe que la disparition du radar planétaire d’Arecibo entrave fortement la capacité à mener des caractérisations de suivi des objets proches de la Terre. Une partie de la vigilance face aux astéroïdes potentiellement dangereux s’est éteinte le matin de l’effondrement, selon cette analyse.
Une partie de la communauté scientifique continue de plaider pour un instrument de nouvelle génération, sous forme de réseau de petites antennes plutôt qu’une parabole unique. Aucun financement n’a été acté à ce jour.






