Mauvaise nouvelle pour les 35 millions de foyers équipés Linky : Enedis peut désormais récupérer vos données sans votre accord

Depuis mars 2026, Enedis peut aspirer votre courbe de charge sans votre feu vert. Heure du café, du lave-linge, absences du logement : votre compteur en sait déjà bien plus que vous ne l’imaginez.

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Mauvaise nouvelle pour les 35 millions de foyers équipés Linky : Enedis peut désormais récupérer vos données sans votre accord
Mauvaise nouvelle pour les 35 millions de foyers équipés Linky : Enedis peut désormais récupérer vos données sans votre accord © L'EnerGeek

Un décret publié fin février 2026 a changé la donne. Depuis le 1er mars 2026, une nouvelle réglementation autorise Enedis à récupérer automatiquement certaines données de consommation électrique, y compris la courbe de charge, sans que l’abonné n’ait donné son accord préalable.

Cette courbe de charge, c’est le relevé détaillé de la consommation d’un foyer, heure par heure, parfois même à la demi-heure près, informe Sciencepost. Plus les relevés sont fréquents, plus le profil qui en ressort devient précis. Une discipline scientifique s’est développée autour de cette matière première : la désagrégation de charge, qui consiste à décomposer un signal électrique global en une multitude d’usages identifiables.

Une signature énergétique propre à chaque appareil

Chaque appareil électrique laisse une empreinte reconnaissable. Un lave-linge, un four, une bouilloire ou un chargeur de smartphone ne consomment pas de la même façon : certains démarrent par un pic brutal, d’autres montent en puissance progressivement, d’autres encore fonctionnent par cycles réguliers. Un peu comme un œnologue identifie à l’aveugle les cépages d’un vin, un algorithme peut déterminer qu’une plaque de cuisson s’est allumée à h ou qu’un chauffe-eau s’est déclenché en pleine nuit.

En croisant horaires, fréquences et intensités, ces techniques d’inférence permettent de reconstituer un emploi du temps domestique complet : heure de lever, heure de coucher, moment des repas, lancement d’une machine à laver, nombre d’occupants du logement, présence ou absence au domicile, volume d’eau chaude consommée, type d’appareils utilisés.

La CNIL avait anticipé ce risque dès une délibération de 2012, reconnaissant que la courbe de charge permettait de déduire de nombreuses informations relatives à la vie privée. Elle avait alors recommandé d’empêcher toute collecte à un pas inférieur à dix minutes, estimant qu’en deçà de ce seuil, le compteur devenait trop bavard.

Par le passé, la CNIL avait aussi mis en demeure de grands fournisseurs d’énergie pour un recueil du consentement jugé insatisfaisant et une conservation excessive des données. Elle a désormais validé le nouveau dispositif de récupération automatique mis en place par Enedis, à condition que des mesures de sécurité renforcées l’accompagnent.

Ces données sur les habitudes de consommation sont susceptibles d’intéresser des acteurs commerciaux désireux d’adapter leurs offres au mode de vie des consommateurs. Enedis, de son côté, affirme que les informations sont anonymisées avant tout traitement statistique.

La désagrégation de charge n’a pourtant rien d’une menace en soi. Elle permet aussi de mieux comprendre sa propre consommation, de repérer les appareils énergivores du foyer et d’ajuster ses habitudes pour alléger la facture d’électricité. À plus grande échelle, elle rend possible un pilotage plus fin du réseau électrique, dans un contexte de sobriété énergétique.

Reste que la technologie soulève une question qui dépasse la seule faisabilité technique : jusqu’où la collectivité est-elle prête à laisser un compteur lire, à la demi-heure près, les habitudes du foyer.

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