Face à la sécheresse, EDF coupe trois réacteurs nucléaires : les riverains découvrent que le problème n’est pas l’atome mais l’eau

Trois réacteurs nucléaires coupés dans les Ardennes et en Moselle : la sécheresse fragilise déjà le parc français. Un chiffre surprenant sur l’eau prélevée révèle un problème bien plus vaste que prévu.

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Face à la sécheresse, EDF coupe trois réacteurs nucléaires : les riverains découvrent que le problème n'est pas l'atome mais l'eau
Face à la sécheresse, EDF coupe trois réacteurs nucléaires : les riverains découvrent que le problème n’est pas l’atome mais l’eau © L'EnerGeek

EDF a mis à l’arrêt trois réacteurs sur deux centrales nucléaires, dans les Ardennes et en Moselle, en raison de la baisse du débit de la Meuse et de la Moselle liée à la sécheresse. Les deux réacteurs de la centrale de Chooz, dans les Ardennes, ainsi qu’un réacteur de celle de Cattenom, en Moselle, sont concernés.

Les trois unités étaient toujours arrêtées lundi 3 août en début d’après-midi, a confirmé EDF à l’AFP.

Un accord franco-belge de 1998 à respecter

À Chooz, le réacteur n°1 a été coupé samedi. Selon le communiqué de l’électricien, cet arrêt vise à respecter l’accord franco-belge du 8 septembre 1998 relatif à la gestion des eaux de la Meuse. Le réacteur n°2 de la même centrale, située dans un méandre du fleuve à quelques kilomètres de la frontière belge, est lui à l’arrêt depuis le 11 juillet, « dans le cadre de ce même accord ».

Ce texte prévoit que le fonctionnement des unités peut être adapté pour garantir un débit d’eau suffisant aux différents usagers du fleuve, en France comme en Belgique.

À Cattenom, un réacteur a été « mis à l’arrêt de manière préventive » dans la nuit de vendredi à samedi, cette fois en raison de la baisse du débit de la Moselle.

Quatre autres réacteurs ont dû réduire leur puissance ces derniers jours sans être totalement stoppés :

  1. Bugey 3 pendant quelques heures lundi 3 août,
  2. Saint-Alban 2 également lundi,
  3. Saint-Alban 1 sans durée précisée,
  4. et Tricastin 4 pendant quelques heures mardi 4 août.

Ces arrêts et ralentissements ne sont pas les premiers depuis le début de l’été 2026, marqué par plusieurs canicules et un déficit important de pluies.

Pourquoi le débit des rivières commande le fonctionnement des centrales

Tous les réacteurs français, qui assurent 70 % de la production nationale d’électricité, sont installés au bord d’un cours d’eau ou de la mer pour permettre leur refroidissement. Quand le débit baisse trop, EDF ne peut plus rejeter d’effluents chimiques ou radioactifs ni réchauffer davantage les rivières via ses eaux de refroidissement : c’est le cas actuellement à Chooz et Cattenom, où les trois réacteurs ont été coupés pour respecter le débit minimal fixé par les autorités.

Près de la moitié de l’eau douce prélevée en France l’est pour refroidir les réacteurs, selon les dernières données du ministère de la Transition écologique publiées en juillet 2026. EDF assure que 97 % de cette eau est restituée aux cours d’eau à proximité. L’énergie reste toutefois loin derrière l’agriculture et l’eau potable, avec 12 % du total.

Deux systèmes de refroidissement coexistent : le circuit ouvert, qui prélève beaucoup d’eau mais la restitue presque intégralement à quelques degrés de plus, et le circuit fermé, vingt fois moins gourmand mais qui évacue l’eau sous forme de vapeur, visible au-dessus des tours aéroréfrigérantes. Les trois sites en circuit ouvert représentent à eux seuls 84 % des prélèvements d’eau douce du parc nucléaire.

La réglementation fixe des limites précises : à la centrale du Bugey, l’eau réinjectée dans le Rhône ne doit pas dépasser 26 °C en été, ni excéder de plus de 5 °C la température prélevée en amont, selon l’Autorité de sûreté du nucléaire. Avec les vagues de chaleur répétées, ce seuil est atteint de plus en plus rapidement, même si des dérogations permettent régulièrement à la centrale de fonctionner plus longtemps à puissance réduite.

La hausse de la température de l’eau réduit aussi la quantité d’oxygène dissous, « ce qui a un très fort impact sur la biodiversité », expliquait en 2025 à franceinfo l’hydroclimatologue Florence Habets, directrice de recherche au CNRS. Ces modifications favorisent, selon elle, « les espèces lentiques […] en défaveur des espèces lotiques […] comme la truite ».

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