L’UE pourrait économiser deux fois le gaz qatari grâce au renouvelable

Selon l’Institute for Energy Economics and Financial Analysis, le déploiement des pompes à chaleur, du solaire et de l’éolien pourrait réduire la demande de gaz de l’UE d’un quart d’ici 2030. Cette économie représenterait le double des importations de gaz naturel liquéfié en provenance du Qatar. L’analyse intervient alors que la crise du détroit d’Ormuz rappelle la fragilité de la dépendance européenne aux importations fossiles.

Publié le
Lecture : 3 min
Mauvaise nouvelle pour les 11 millions d'abonnés au gaz : la facture pourrait bondir de 50 % d'ici 2030, et la consommation n'y est pour rien
L’UE pourrait économiser deux fois le gaz qatari grâce au renouvelable © L'EnerGeek

La crise énergétique de 2026 pose à nouveau la question de la résilience européenne. Mais cette fois, l’Union européenne dispose d’un début de réponse structurelle : les énergies renouvelables et l’électrification du chauffage. Selon une analyse de l’Institute for Energy Economics and Financial Analysis (IEEFA), les technologies propres déployées ces dernières années ont déjà permis de réduire significativement la consommation de gaz. Et si les objectifs fixés sont atteints, l’effet pourrait s’amplifier considérablement d’ici la fin de la décennie.

L’étude, publiée par Ana Maria Jaller-Makarewicz, analyste principale pour l’Europe à l’IEEFA, avance un chiffre frappant : en 2024, les pompes à chaleur installées et la production accrue de solaire et d’éolien ont réduit la demande de gaz de l’UE de 8,8 milliards de mètres cubes. Soit environ deux tiers des importations européennes de gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance du Qatar cette année-là. Autrement dit, les investissements dans les énergies propres ont déjà commencé à compenser une partie de la dépendance aux hydrocarbures importés.

Une baisse de 20 % de la consommation de gaz en trois ans

Reprenons les faits. Entre 2021 et 2024, l’Union européenne a réduit sa demande de gaz d’environ 78,5 milliards de mètres cubes, soit une baisse de 20 %. Les ménages ont réduit leur consommation de 24 %, l’industrie de 20 %, les services commerciaux et publics de 19 %, et la production d’électricité et de chaleur de 18 %. Plusieurs facteurs expliquent cette chute : les politiques de sobriété énergétique, la hausse des prix qui a contraint à l’efficacité, et surtout le déploiement rapide des renouvelables et des pompes à chaleur.

Le plan REPowerEU, lancé en mai 2022 après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, visait précisément à réduire la dépendance européenne au gaz russe. Mais au-delà de la substitution d’un fournisseur par un autre, c’est bien la réduction structurelle de la demande qui constitue la véritable rupture. Entre 2022 et 2024, l’UE a installé 7,6 millions de pompes à chaleur, dont 2 millions en France, 1,5 million en Italie et près d’un million en Allemagne. Sur la même période, 146 gigawatts de solaire photovoltaïque ont été déployés, menés par l’Allemagne, l’Espagne, la Pologne, l’Italie, la France et les Pays-Bas. L’éolien a suivi avec plus de 43 gigawatts installés, principalement en Allemagne, Finlande, Suède, France, Espagne, Pays-Bas et Pologne.

Un potentiel d’économie équivalent au double des importations qataries

Le problème, c’est que la crise actuelle du détroit d’Ormuz rappelle brutalement que la dépendance au GNL reste un talon d’Achille. Les dommages récents aux installations d’exportation au Qatar, l’un des principaux fournisseurs de l’Europe, illustrent la vulnérabilité d’une stratégie fondée sur la diversification des approvisionnements plutôt que sur la réduction de la demande. Entre 2021 et 2025, les importations européennes de GNL ont bondi de 84 %, atteignant un record. Substituer le gaz russe par du gaz qatari ou américain ne règle pas le problème de fond : la volatilité des marchés fossiles et l’exposition aux crises géopolitiques.

L’IEEFA estime que si l’Union européenne atteint ses objectifs de déploiement, soit au moins 4 millions de pompes à chaleur, 75 gigawatts de solaire et 22 gigawatts d’éolien par an au cours des cinq prochaines années, la demande de gaz pourrait être réduite d’environ un quart d’ici fin 2030. Cette économie, calculée hors autres mesures d’efficacité énergétique, équivaudrait au double du volume de GNL que l’UE pourrait importer du Qatar à cet horizon. En d’autres termes, les technologies propres peuvent structurellement remplacer une part considérable des importations fossiles, à condition que les investissements et les cadres réglementaires suivent.

L’électrification, clé de la souveraineté énergétique

Reste que cette transition suppose une montée en puissance simultanée des infrastructures électriques. Le déploiement massif de renouvelables et de pompes à chaleur nécessite des réseaux capables d’absorber et de distribuer une production intermittente, ainsi que des capacités de stockage accrues. L’objectif d’électrification fixé par l’UE pour 2040, adopté dans le contexte de la crise actuelle au Moyen-Orient, vise précisément à réduire la dépendance au pétrole et au gaz importés. Mais il implique des investissements massifs dans les réseaux, les interconnexions et les solutions de flexibilité.

Si l’Europe poursuit ses efforts de réduction de la consommation de gaz, d’amélioration de l’efficacité énergétique et d’expansion des renouvelables, les importations de GNL et de gaz par pipeline diminueront mécaniquement. Les crises énergétiques externes, qu’elles proviennent du détroit d’Ormuz ou d’ailleurs, pèseront moins sur la sécurité d’approvisionnement du continent. En réalité, la leçon de 2022 et de 2026 est la même : la meilleure protection contre la volatilité des marchés fossiles consiste à sortir de la dépendance fossile elle-même.

L’analyse de l’IEEFA montre que cette sortie n’est pas un horizon lointain. Elle est en cours, mesurable, et ses effets sont déjà visibles dans les statistiques de consommation. Le défi consiste désormais à accélérer le rythme pour transformer un début de réponse en solution durable. Cela suppose des choix politiques clairs, des financements à la hauteur et une capacité à résister aux pressions des lobbies fossiles. Autrement dit, à faire travailler nos petites cellules grises plutôt que de céder aux réflexes du court terme.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.