Dans la nuit du 14 au 15 juillet 2026, les tensions entre Washington et Téhéran ont franchi un nouveau palier. Après quatre mois d’un conflit qui semblait s’apaiser, l’Iran subit une nouvelle vague de frappes américaines massives, tandis que le blocus naval des ports iraniens reprend. Les marchés pétroliers réagissent immédiatement : le baril de Brent s’envole à 85,77 dollars, en hausse de 1,23 %, et le West Texas Intermediate (WTI) grimpe à 80,14 dollars (+1,01 %). L’espoir d’une réouverture rapide du détroit d’Ormuz s’évanouit. Si l’intensité des hostilités se maintient, les analystes n’excluent plus un retour aux 100 dollars le baril.
Le détroit d’Ormuz, passage obligé pour environ 20 % du pétrole et du gaz naturel échangés dans le monde, redevient l’épicentre d’une confrontation où chaque partie cherche à affirmer son contrôle. La reprise du blocus américain, effective depuis 16 h (heure de Paris) le 14 juillet, marque la fin brutale d’un mémorandum d’entente signé le mois précédent, censé garantir un cessez-le-feu de 60 jours et la libre circulation des navires commerciaux.
Sept heures de frappes contre les infrastructures militaires iraniennes
Le Commandement central américain (CENTCOM) a annoncé dans la soirée du 14 juillet (heure américaine, soit la nuit du 14 au 15 juillet en France) avoir mené une opération de sept heures contre des dizaines de cibles militaires iraniennes. Selon le communiqué publié sur les réseaux sociaux, des avions de chasse, des drones et des navires de guerre ont lancé des munitions de précision contre des sites de missiles et de drones, des capacités navales et des systèmes de défense côtière près du détroit d’Ormuz et le long du littoral iranien.
« L’objectif est de continuer à dégrader la capacité de l’Iran à menacer la navigation commerciale et les équipages civils », précise CENTCOM dans son message. Les frappes constituent la quatrième nuit consécutive d’attaques américaines contre le territoire iranien, illustrant une montée en puissance qui contraste avec les déclarations antérieures du président Donald Trump sur sa volonté de sortir du conflit.
Les villes portuaires de Bandar Abbas et Sirik, situées le long du détroit d’Ormuz, ont été touchées, selon les médias d’État iraniens qui rapportent des explosions audibles dans ces zones stratégiques. L’amiral Brad Cooper, commandant du CENTCOM, a justifié les opérations en affirmant que l’Iran avait « intentionnellement » ciblé des civils et attaqué sept navires commerciaux au cours de la semaine précédente, causant la mort, la disparition ou des blessures à environ une douzaine de membres d’équipage.
Le blocus naval reprend, le trafic maritime s’effondre
Parallèlement aux frappes aériennes, Washington a réactivé son dispositif de blocus naval visant les ports iraniens. Plus de 20 navires de guerre américains et des centaines d’aéronefs militaires sont désormais déployés au Moyen-Orient, selon CENTCOM. Le blocus, initialement instauré à la mi-avril et levé le 18 juin dans le cadre du mémorandum d’entente américano-iranien, avait permis de détourner plus de 140 navires commerciaux lors de sa première phase.
Les données de Kpler, société spécialisée dans le suivi du commerce maritime et des matières premières, révèlent l’ampleur de l’impact : seulement dix navires ont emprunté le détroit d’Ormuz le 13 juillet, un chiffre qui illustre l’effondrement du trafic dans l’artère vitale. Avant le conflit, deux couloirs de circulation distincts, larges chacun d’environ deux miles nautiques, permettaient un flux régulier d’entrée et de sortie du golfe Persique.
La situation s’est complexifiée depuis le début de la guerre en février 2026. L’Iran a imposé une route maritime septentrionale passant par ses eaux territoriales, près des îles de Qeshm et Larak, avec une largeur minimale de cinq miles. Téhéran exige d’inspecter ou d’escorter les navires empruntant le passage. En réponse, Oman, en coordination avec l’Organisation maritime internationale (OMI), a établi un corridor maritime temporaire plus au sud, protégé par les forces américaines.
Attaques contre les navires commerciaux et les alliés américains
Les tensions se sont brutalement ravivées après que plusieurs navires ont choisi d’emprunter la route côtière près d’Oman, guidée et protégée par l’armée américaine, plutôt que l’itinéraire autorisé par l’Iran. Téhéran a réagi par des attaques contre des bâtiments commerciaux. Selon l’Institute for the Study of War et l’AEI’s Critical Threats Project, au moins 29 navires ont été attaqués par l’Iran dans le golfe Persique entre le 1er mars et le 13 juillet 2026.
Les alliés régionaux des USA ne sont pas épargnés. Le Koweït a annoncé avoir intercepté dans la soirée du 14 juillet 33 drones, cinq missiles de croisière et un missile balistique iraniens. « L’agression iranienne a entraîné le ciblage de plusieurs installations vitales et civiles, avec des débris tombant à divers endroits du pays, causant des dégâts matériels », indique l’armée koweïtienne sur X. Un navire de guerre koweïtien a également été touché, blessant quatre militaires.
Bahreïn a de son côté fait retentir ses sirènes d’alerte, tandis que le Koweït rapportait tôt le 15 juillet (heure locale) qu’il faisait face à de nouvelles « attaques hostiles de drones » en provenance d’Iran. L’escalade militaire touche désormais l’ensemble de la région du Golfe, transformant ce qui devait être un cessez-le-feu en une guerre d’attrition généralisée.
Les marchés craignent un retour à 100 dollars
Les marchés énergétiques réagissent avec nervosité à la reprise des hostilités. Le pétrole brut Brent, référence internationale, a atteint 85,77 dollars le baril le 14 juillet, tandis que le WTI américain grimpait à 80,14 dollars. Les hausses interviennent après un bond spectaculaire de près de 10 % le 13 juillet, la plus forte progression quotidienne en six ans, survenue immédiatement après l’annonce par Trump de la reprise du blocus.
« La dernière escalade montre combien les attentes d’une réouverture rapide du détroit étaient prématurées », analyse Saul Kavonic, analyste senior en énergie chez MST Marquee, cité par CNBC. « Les hostilités et le blocus réimposé replacent le conflit sur une trajectoire d’escalade. Le pétrole pourrait retester les 100 dollars si l’intensité actuelle des hostilités persiste pendant quelques semaines, ou monter encore plus haut si des infrastructures pétrolières régionales sont ciblées. »
Les cours restent toutefois en deçà des sommets atteints depuis le début de la guerre en février. Le 14 juillet, malgré la hausse, le Brent atteignait son niveau le plus élevé depuis le 12 juin, mais demeurait bien inférieur aux pics enregistrés au printemps. La relative modération s’explique par les anticipations des marchés : tant que les infrastructures pétrolières ne sont pas directement touchées et que d’autres routes d’approvisionnement restent ouvertes, les traders estiment que l’offre mondiale peut absorber les perturbations.
Trump menace d’intensifier les frappes, l’Iran refuse de céder
Le président américain a durci le ton dans une interview accordée à Fox News le 14 juillet. « Nous allons les frapper très fort ce soir. Nous allons les frapper très fort demain soir. Nous allons les frapper très fort la nuit d’après », a déclaré Donald Trump. « Et puis la semaine prochaine, ça devient vraiment grave pour eux, parce que la semaine prochaine, ce seront les centrales électriques, la semaine prochaine, ce seront les ponts. »
Le chef de l’État américain a précisé que ses représentants avaient transmis un message à Téhéran plus tôt dans la journée : « Vous feriez mieux de conclure un accord, il ne vous restera plus rien. » Trump affirme faire « très attention à la population civile », tout en menaçant de détruire l’ensemble des infrastructures stratégiques iraniennes. Les déclarations soulèvent des questions juridiques, certains experts estimant que des attaques contre des infrastructures civiles pourraient constituer des crimes de guerre, bien que l’administration Trump affirme ne viser que des cibles légitimes à usage militaire.
Parallèlement, le Département du Trésor américain a annoncé le gel de plus de 130 millions de dollars d’actifs numériques détenus dans des portefeuilles contrôlés par la Banque centrale d’Iran. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a également imposé des sanctions à des dizaines de personnes, d’entreprises et de navires liés au magnat iranien de la navigation Mohammad Hossein Shamkhani, décrit comme dirigeant un « vaste empire maritime » transportant du pétrole iranien et russe.
Le mémorandum d’entente définitivement enterré
L’accord signé le mois dernier entre Washington et Téhéran apparaît désormais caduc. Le mémorandum d’entente prévoyait un cessez-le-feu de 60 jours, la levée du blocus américain, des milliards de dollars d’investissements en Iran et la fin des sanctions internationales. En échange, l’Iran devait faciliter « en faisant de son mieux » le passage sûr des navires commerciaux « sans frais » et reconnaître un rôle américain dans la surveillance du détroit.
« Le mémorandum d’entente est complètement mort », estime Rosemary Kelanid, directrice du programme Moyen-Orient chez Defense Priorities, citée par la BBC. « Toutes les dispositions qu’il stipulait ont maintenant été défaites. » Selon elle, le conflit s’est transformé en guerre d’attrition : « Je pense que la fin la plus probable est une non-fin. Les guerres d’attrition ont tendance à durer très, très longtemps. »
Le revirement de Trump sur les « frais de passage » dans le détroit illustre les difficultés de l’administration américaine. Lundi 13 juillet, le président annonçait qu’il imposerait des frais de 20 % à tous les navires transitant par Ormuz, y compris ceux des alliés américains, pour « rembourser les USA de tous les coûts nécessaires pour assurer la sécurité de cette section très volatile du monde ». Vingt-quatre heures plus tard, il abandonnait complètement la proposition, proposant à la place de conclure des « accords commerciaux et d’investissement » avec les États du Golfe.
Le volte-face rapide souligne l’absence de stratégie claire. Elliot Abrams, chercheur principal pour les études moyen-orientales au Council on Foreign Relations, résume la situation : « Nous sommes de retour là où nous étions initialement, où la question était : qui a le plus de patience ? Les Iraniens, qui ne pourront pas exporter de pétrole, ou les États-Unis et les autres pays qui utilisent le pétrole du golfe Persique ? »




