Le gouvernement fédéral américain travaille depuis plusieurs années sur un projet ambitieux : détourner les stocks de plutonium excédentaire, vestiges d’anciennes ogives nucléaires de la guerre froide, pour les convertir en source d’énergie destinée aux réacteurs nucléaires de nouvelle génération. Alors que la demande en combustible s’accélère chez les entreprises énergétiques avancées, ce projet pourrait non seulement répondre à une demande croissante en énergie durable, mais aussi redonner un coup de jeune à l’industrie nucléaire américaine, explique CNN.
Un programme de réutilisation en bonne voie
Le Department of Energy (DOE) des États‑Unis a annoncé récemment être entré en « négociations avancées » avec cinq entreprises dans le cadre du « Surplus Plutonium Utilization Program ». Parmi elles figurent Oklo Inc, Exodys Energy, SHINE, Standard Nuclear, et Flibe Energy. Ces sociétés visent à transformer le plutonium de qualité militaire en un combustible utilisable pour les petits réacteurs modulaires (SMR), des réacteurs à sels fondus qui demandent moins d’espace et moins de maintenance.
À la tête des discussions, Mike Goff, principal deputy assistant secretary of nuclear energy, insiste sur le fait que ce programme pourrait « aider les entreprises à débloquer le prochain niveau de financement privé », en élargissant les approvisionnements nationaux en combustible nucléaire. Oklo, par exemple, collabore avec le Los Alamos National Laboratory pour tester ses innovations technologiques.
Ce que ça apporte et les résistances
Des entreprises comme Oklo et SHINE voient dans ces stocks de plutonium un « ingrédient clé » pour monter rapidement en puissance sur le plan énergétique. Mais le projet rencontre aussi des oppositions. Jacob DeWitte, cofondateur d’Oklo, affirme que « les contraintes d’approvisionnement en combustible sont un étranglement clé pour le développement des réacteurs avancés ». Pour Greg Piefer de SHINE, « l’accès au combustible est l’un des problèmes les plus difficiles de l’industrie ».
Le dossier reste sensible. En septembre, une lettre signée par plusieurs élus, dont le sénateur Ed Markey et les représentants Don Beyer et John Garamendi, a exprimé des préoccupations sur le risque de prolifération nucléaire. La lettre mettait en garde contre le transfert de plutonium utilisable à des entreprises privées, estimant que cela pourrait encourager d’autres pays à emprunter des voies similaires.
Nouvelles technologies et nouveaux défis
Sur le plan technique, le programme prévoit de convertir des matériaux comme l’uranium faiblement enrichi et le plutonium de qualité militaire en un mélange brûlé à environ 2 500 °F, ce qui pourrait également inclure des déchets nucléaires. Les réacteurs avancés visés exigent un combustible beaucoup plus dense en énergie que les réacteurs conventionnels, ce qui implique un enrichissement substantiel de l’uranium.
La dimension géopolitique est aussi présente. Avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, la Russie était un fournisseur majeur d’uranium enrichi pour les États‑Unis. Après cette crise, l’idée de développer une capacité domestique d’enrichissement de l’uranium est devenue plus pressante. Cette initiative vise à réduire la dépendance américaine aux fournisseurs étrangers et à renforcer la souveraineté énergétique.






